jeudi 3 septembre 2015

3. La Mission: se laisser regarder.



Il y a cette chanson, à mon goût un peu trop "crémeuse", mais dont l'expression du refrain est belle :"N'aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ." Voilà peut-être le premier pas de celui qui veut entrer en Mission: se laisser regarder.

D'abord, se laisser regarder par le Seigneur. Cela veut dire quoi? On pourrait traduire : vivre dans la lumière, la face tournée vers Dieu comme l'enfant contemplant le soleil qui se lève. L'Evangile, surtout l'évangile de Jean, est plein de paroles sur la lumière, plein de paroles de lumière. Depuis St Augustin, notre Tradition est remplie de cet appel :"Tu es petit et pauvre. Laisse le Christ t'illuminer, laisse-toi habiter par le Christ". Elle fut l'expérience de St Paul après Damas: "Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort" (Eph 12/10)...

De cet abandon, vient ton témoignage. Le témoignage d'un homme, d'une femme, d'un jeune que Dieu a regardé, que Dieu a transfiguré, et qui est ainsi appelé à refléter la lumière de Dieu. Ce que je dis là n'est pas pur romantisme. Il y a une aventure personnelle du missionnaire,  du chrétien missionnaire; cette aventure, même si l'on a souvent du mal à la mettre sous des mots, est toujours une rencontre avec Dieu, rencontre qui peut décider de toute une vie.
Bon d'accord. Mais le problème ensuite, c'est de continuer à vivre sous le regard de Dieu. On n'a pas trop de toute une vie pour se laisser regarder par le Christ! Ce n'est pas un abandon passif à la volonté de Dieu, c'est une lutte contre soi-même. Car souvent, ce n'est plus le "Laisse-toi regarder par Dieu", c'est "Seigneur, regarde-moi, comme je suis gentil!".  Mais  le regard d'amour  de Dieu sur moi, lui, ne se dément jamais.


Il y a autre chose: la Mission, c'est aussi "Laisse-toi regarder par les autres." Et là, c'est un peu plus rude! Parfois, de témoin crédible on passe au rang de témoin improbable! Car le regard des autres  est souvent exigeant,  voire impitoyable. Ils exigent du témoin de l'Evangile une réelle transparence... Voilà un joli mot bien actuel: la transparence. Que tu le veuilles ou non, comme témoin tu ne t'appartiens plus, tu es sous le regard de tous, un regard qui te demande de rendre compte de ta foi. Combien d'enfants admirent leur papa parce qu'ils le voient vivre! A sa façon, le papa est pour ses enfants, un témoin de Dieu par transparence . Un responsable d'entreprise est, qu'il le veuille ou non, scruté par son personnel. On le jugera sur tout: sa compétence, son esprit d'initiative et... sur la transparence de ses comptes.
Comme chrétiens, nous sommes témoins de notre rencontre avec Dieu, bien plus que sur la doctrine que nous proclamons. Témoins de la vérité de notre foi, de la qualité de notre espérance, d'un amour qui nous dépasse. Rappelons-nous le coup du sel bien salé et du sel pas salé de l'Evangile. Si tu t'affadis, toi le témoin, tu encourras la grogne des grognons :"Les chrétiens?  Pas meilleurs que les autres!"

vendredi 7 août 2015

2. La Mission, une rencontre.



On l'appelait l'agha Boughali. Un notable algérien au visage ouvert, fin lettré. Dans sa bibliothèque, la Bible précieusement reliée voisinait avec le Coran. J'aimais bien venir m'asseoir chez lui, une grande amitié nous reliait, ensemble nous refaisions le monde, moi le jeune et lui le noble vieillard.... J'ai retrouvé la même amitié sans fard chez Boukar, président des A.P.E.L. (Parents d'élèves de l'Enseignement Libre ) du diocèse de Maroua au Nord-Cameroun. Même maintien altier, même accueil affable, même ouverture d'esprit chez ce musulman bon teint.
Deux exemples qui me font dire que la Mission est rencontre. Une rencontre qui dépasse toute religion, rassemblant "dans l'unité les enfants de Dieu dispersés". On est bien, car on sent qu'on est dans le vrai; la vérité de deux enfants de Dieu qui se reconnaissent tels qu'ils sont au-delà de toute croyance, de tout système élevant forcément des barrières entre les hommes. Ces rencontres dépassent tout calcul humain, elles viennent de Dieu. C'est dans ce sens que je comprends  ce que disait Marcel Gauchet :"Le christianisme est la religion de sortie de la religion."

Le désir de la rencontre peut jalonner toute une vie, que ce soit avec les anciens des villages au Nord-Cameroun, jusqu'aux gens des cités à Marseille. Elle vient d'une conviction chrétienne, celle qui animait Jésus quand il "promenait son regard" dans le Temple, cherchant - du moins je me plais à le penser - cherchant qui rencontrer, à qui révéler ce qu'il avait sur le cœur, et  aussi à écouter  ce que l'autre avait sur le cœur. Ces rencontres, à chaque fois, provoquent le même émerveillement qu'éprouva Jésus devant la foi du centurion romain.
Le désir de la rencontre fait vraiment partie de notre mission, car elle vient du cœur et va au cœur.... On parle beaucoup d'œcuménisme, d'assemblées plénières, d'universités d'été, et on fait bien. Car peu à peu s'instaure une culture de la rencontre; je crois que ce désir anime profondément le pape François, lui qui, encore évêque de Buenos Aires , aimait visiter les paroisses des quartiers pauvres. Mais il se méfiait des "rencontres en chambre, qui manquent de contact physique avec les pauvres" (Encyclique Laudato si, p. 30).
Dans l'Evangile, il y a la parabole du filet qui ramasse les hommes pour le Royaume de Dieu. Je n'aime pas trop cette image du filet; elle a des relents de piège, de racolage forcé. Or Jésus rencontre des hommes et des femmes libres. Des hommes et des femmes qui viennent librement à lui, avec leur culture, leur art de vivre, leurs rêves, leur histoire. L'inculturation, ce mot un peu compliqué dont on parle tant aujourd'hui dans l'Eglise, c'est bien cela: une rencontre entre l'homme libre et l'évangile, entre le génie d'un peuple et la foi. Sans ce rendez-vous, il n'y a que croisade et évangélisation superficielle annonçant la double vie, le mensonge ... et la catastrophe.
Pour finir, disons qu'il faut faire attention à l'inattendu de Dieu. Sortons de nos schémas de chrétiens pratiquants, car Dieu peut nous rencontrer par surprise. Je pense à Patricia, cette jeune animatrice de rue avec qui j'ai bien travaillé à Marseille. Elle avait un sens des autres, une attention aux petits extraordinaire. Or, Patricia avait été formée par ... les Jeunesses Communistes.
J'ai rendu grâces pour Patricia.

vendredi 31 juillet 2015

la Mission, c'est sortir.

En lien avec l'Université d'été de la "famille mazenodienne" qui se tiendra à Pontmain  du 27 au 29 août prochains, nous commençons une série de réflexions sur "la Mission". Cette série sera diffusée bientôt sur RCF Vaucluse.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°



1. La Mission, c'est sortir

            "Sortir": le mot a été mis à la mode par le pape François. La Mission, c'est sortir.
Oui, mais pour aller où? Pour faire quoi?... Pas d'abord pour prêcher qu'il faut se convertir, pas d'abord pour "annoncer la Bonne Nouvelle" comme on dit en langage d'Eglise. Mais d'abord pour rencontrer les gens, essayer de  comprendre ce qu'ils vivent, et même parfois  vivre avec eux, au milieu d'eux, comme eux. Quand les petites Sœurs de Foucauld partent à Calais, elles n'y vont pas avec la Bible à la main, elles y vont pour rencontrer les migrants qui s'accrochent aux camions. Elles sortent vers cette humanité qui souffre, pour s'asseoir avec ces gens qui veulent vivre à tout prix.
La mission du chrétien, c'est dehors. Pour tisser des liens. A Marseille et partout, il y a des pots de l'Amitié en bas des immeubles, et les chrétiens sont là. Au fond, on sort de chez soi, de son propre confort, pour faire un travail d'amour.
Quand on sort, on attrape des coups, forcément. On se heurte au mal, on a mal au monde. Alors là, sortir veut dire "crier avec ceux qui crient, pleurer avec ceux qui pleurent."... Il y a donc une manière chrétienne de faire la fête avec ceux qui sont heureux, et une manière chrétienne de s'asseoir avec le voisin atteint de leucémie, ou avec ce jeune qui se bat pour trouver du travail.
Au fond, face à la Mission, il y a deux types d'Eglises possibles. Il y a l'Eglise qui sent un peu la naphtaline. Une Eglise frileuse, uniquement préoccupée de ses problèmes internes, de sa liturgie, de sa théologie. Cette Eglise prend figure de citadelle assiégée, où le prêtre, du haut des remparts (de la chaire), tire à boulets rouges sur le monde et ses turpitudes.  Pour cette Eglise, pas besoin de sortir; à l'entendre, ce sont les autres qui doivent venir à elle. Ce sont eux qui doivent sortir du diable pour entrer dans la Vérité!
L'autre modèle d'Eglise, c'est l'Eglise  décoiffée par le vent du large, à l'image du regretté Laurent Bourgnon.  Cette Eglise cherche avec passion ce qui est bon dans le monde, elle s'en émerveille comme le Christ s'émerveillait devant la foi du centurion romain. J'aime bien le livre de Yann Arthus Bertrand :"Six milliards d'autres", où l'auteur arpente la Terre pour demander au mongol, à l'indien, à l'américain :"Et toi, que penses-tu du bonheur, de la douleur, de l'amour?"
L'Eglise-qui-sort pose les mêmes questions. Poussée par l'Esprit, elle cherche ailleurs où souffle le vent de Dieu; elle est attentive à ce que vivent les autres, tous les autres, pas seulement les chrétiens du coin. Cette Eglise est souvent sale comme dit François, car elle a mis les bras dans la misère humaine, et jusqu'au coude!
Sortir, c'est revivre l'Exode. Pas besoin d'aller en Chine pour cela. Témoin ce papa qui rentre à la maison, fatigué après une journée de travail. Il se carre dans son fauteuil avec un ouf de contentement, ouvre son journal et... une toute petite voix se fait entendre , venant du tapis  :"Papa, viens jouer avec moi." Et le papa laisse son journal, il "sort" vers son garçon pour jouer avec lui.

vendredi 12 juin 2015

De Katmandou à Mossoul.

Curieux rapprochement!  Qu'y a-t-il de commun entre le voyage au Népal et le départ vers l'Irak?...

Je pense que tous les indicateurs concordent: les jeunes chevelus qui partaient vers Katmandou autrefois, ont quelque chose de commun avec les jeunes barbus qui s'engagent aujourd'hui en Syrie avec Daesch. Chevelus ou barbus, tous cherchent une étoile. Je n'exagère pas! Les uns flirtaient avec le hasch, les autres caressent la kalach. Mais tous, au fond du fin fond, pensent avoir trouvé quelque chose qui donne sens à leur vie. Les uns (pas tous) voulaient un monde zen, où la méditation, le rêve, la vie près de la nature, sans contraintes, prenait figure d'idéal.
Pour les autres, ceux qui partent pour le djihad, on peut distinguer deux groupes. Il y a ceux qui croyaient partir "faire de l'humanitaire", et qui se retrouvent piégés là-bas. Ils découvrent - mais un peu tard - qu'on les a terriblement trompés. Ceux-là sont récupérables... s'ils ont gardé à la fois leur sens critique, leur foi dans la vie, et leur désir de se donner.
Quant au deuxième groupe, les fanatiques, on a abusé de leur ignorance en aliénant leur liberté au point d'en faire parfois des bombes humaines.

Je crois qu'il faut aller plus loin. Ces jeunes en quête de leur moi, de leur identité, en allant au djihad, rencontrent l'extrémisme. Un extrémisme qui, sous un vernis de fondamentalisme religieux, flatte leur désir de se singulariser, de s'affirmer par une différence forte avec le reste du monde. Un désir très adolescent d'exister en n'étant "pas comme les autres".
Dès lors, quête d'identité et extrémisme deviennent cousins. Et ce cousinage constitue un excellent terreau pour toute forme de violence et, à la limite, un terreau pour le terrorisme. Sans jeux de mots!
Force est de constater qu'actuellement, on assiste à un retour en force, à la fois de la quête identitaire et du fondamentalisme sous toutes ses formes: religieuses, nationalistes, voire régionalistes. Nul n'est épargné, depuis la Russie de Mr Poutine jusqu'aux extrême-droites françaises, en passant par les Tea Party américaines et... par une frange plus ou moins épaisse des chrétiens dans l'Eglise.
Oui, la lutte contre Daesch et autres Boko Haram passe aussi, peu ou prou, par la lutte contre nos propres démons.

vendredi 8 mai 2015

On a envie de chanter

Quand le printemps vous saute aux narines dès que vous sortez,
quand la lumière rasante du petit matin éclaire la cime des arbres, du côté de Mange-Tian,
quand les jeunes feuilles des chênes verts vous glissent gentiment leur rosée dans le cou,
quand le sentier se cache sous une palette de fleurs jaunes dont j'ai oublié le nom,
quand un brouillard fin comme une soie japonaise s'effiloche là-bas au pied des Monts du Vaucluse,
quand le rossignol insaisissable vous accompagne d'arbre en arbre de ses trilles coulés, que vous écoutez tout en étant bien incapable de prévoir la suite de la partition,
quand la garrigue s'éveille, fraîche et déjà lumineuse,
et quand, au détour d'une clairière, un chevreuil en rut fait le beau autour de sa biche et vous gratifie de ses aboiements plus horribles que ceux d'un roquet,
alors, on a envie de chanter.

mardi 10 mars 2015

Dos au peuple!

Rome janvier 2015. Nous avions célébré la messe à Sainte Marie Majeure, dans une chapelle latérale avec - bien sûr - l'autel monumental s'appuyant sur le mur. En enlevant mon aube après la messe, je disais à un prêtre de l'Emmanuel qui en faisait autant :"Cela fait bien 50 ans que je n'avais célébré la messe "dos au peuple"." Et lui de rétorquer :"Mais c'est très bien comme ça! On devrait toujours célébrer ainsi!"
J'en suis resté baba, K.O. debout! Alors il m'a porté l'estocade :"Vous verrez: bientôt tout le monde fera comme ça!" J'étais anéanti, horrifié, pantelant d'indignation. Comment peut-on faire un  rétro-pédalage pareil? Revenir 60 ans en arrière? Bien sûr, que je sache Vatican 2 ne s'est pas prononcé sur la pratique de la célébration, liberté est laissée à chacun. Mais une vision saine de l'Eglise, vision issue du Concile, a rendu normale la célébration "face au peuple". Tout le monde comprend la charge symbolique forte liée à cette pratique. Si la messe est le prolongement de la Cène du Jeudi Saint , a-t-on jamais vu un repas de famille où les gens se tournent le dos? Et surtout, le Christ est présent d'abord dans la communauté qui célèbre (Constitution Lumen Gentium n°14)
Ce prêtre de l’Emmanuel ajoutait :"A la messe, on est tous tournés vers Dieu, devant nous.". Non, en vertu de l'Incarnation, le Christ est d'abord parmi nous. Et ce que cet abbé ne disait pas, c'est que, dans la célébration "dos au peuple", le prêtre se trouve l'intermédiaire obligé entre Dieu et les hommes, comme l'était le Grand Prêtre juif au temple. Et depuis quand les chrétiens ont besoin d'un intermédiaire autre que Jésus pour aller vers Dieu? Va-t-on remettre le prêtre sur le piédestal du haut duquel le Concile l'a fait descendre? 
En relisant le livre lumineux de Jean-Noêl Bezançon :"La messe de tout le monde", on se rend compte de quelles dérives l'Eglise s'est rendue autrefoiscoupable en faisant du prêtre un super-chrétien, et des laïcs de gentilles "brebis" juste bonnes à répondre Amen.
Je crois qu'il faut aller plus loin que l'indignation.  Ainsi je n'hésite pas à appeler les chrétiens à s'insurger contre une pratique qui, au fond, vise à renier le Concile et tout le renouveau que le Concile a voulu donner à l'Eglise. Ne vous laissez pas faire par ces prêtres qui ont une théologie datant du Concile de Trente. Rappelez-leur que la théologie est une science, et comme toute science elle évolue, réfléchit, comprend mieux les choses, va plus loin. Elle est, comme toutes les sciences, capable de progrès. Alors évitons le piège salafiste, ce piège qui serine aux croyants :"C'est le vieux qui est bon." Ne faisons pas comme l'islam officiel, empêtré dans son passé, peinant à aborder positivement la modernité.
Alors ayez le culot de dire non... tout en expliquant les raisons de votre refus. Et excusez ma colère!
Mais je crois que c'est une juste colère.

mardi 10 février 2015

6. Le croyant, fragile et solide.



Voici une histoire que je ne me lasse pas de raconter! Cela se passe au Nord-Cameroun. En montagne, j'entre dans la cour intérieure d'un saré, l'enclos familial,. Personne pour m'accueillir, à part un bambin qui, à la vue de cet horrible blanc, se sauve...et va se jeter dans les jambes de son père qui sort de sa case. Et l'homme, dans un geste tout naturel là-bas, attrape le gamin par un bras et hop! le juche sur son épaule. Alors de là-haut, l'enfant me décoche son plus beau sourire, l'air de dire :"Maintenant, avec mon papa, tu ne peux plus rien me faire!"

Et voilà bien éclairé mon propos de ce matin. Je suis, nous sommes tous comme ce petit, des bonshommes fragiles, relatifs, cachant notre peu de solidité sous des airs plus ou moins bravaches. Mais si, comme croyant, je monte sur les épaules de Dieu, alors oui, je deviens vraiment solide.
Le plus extraordinaire, c'est que Dieu lui-même est entré dans notre fragilité. Car la fête de Noël, c'est bien cela: Dieu qui vient partager notre faiblesse, marcher avec nous.   Il connaît la tentation, il pleure Lazare son ami, il crie de détresse à Gethsémani.

Chacun connaît très bien ses fragilités. Pas la peine d'insister, on ne demande pas à un accidenté de la route  s'il a mal. Mais si je réfléchis avec ma foi, je me rends compte que ma fragilité est une chance. C'est une chance car elle me pousse à faire confiance à un autre que moi-même, à grimper sur les épaules de Dieu. Rien de pire que le "suffisant". Le mot est clair: le suffisant se suffit à lui-même, il n'a besoin de personne. Pauvre de lui! A la première crise, qui viendra l'aider? Non, ma fragilité me rend accessible aux autres, et les autres me deviennent proches. Quand le docteur tombe malade, il comprend mieux ses malades.... Et je trouve ma solidité hors de moi-même, en Dieu si je suis chrétien. Rilke a célébré la fragilité de l'homme, Etty Hillesum a découvert la fragilité de Dieu, et Gabriel Ringlet a écrit avec bonheur un "Eloge de la fragilité".

Mais regardons l'Histoire. Il y a plein de fragiles-solides dans l'Histoire. St Pierre, mort de trouille dans la cour du grand-prêtre, et envoyé par Jésus "raffermir ses frères". St Augustin, criant sa misère dans ses Confessions, et devenu le grand spirituel que nous connaissons. Mère Térésa, passant par de terribles "nuits de la foi", et princesse de charité. Citons même Tierno Boukar, simple paysan musulman, grand mystique et persécuté pour cela. Tous ont été témoins de leur propre fragilité, mais leur foi fut solide.