mardi 20 août 2019

6. la mort.




Charles de Foucauld et les moines de Tibhirine
 «  La mort avec sa gueule de raie. »… Oui, la mort fait peur, elle fait peur à tout le monde, même à ceux qui crient « Même pas peur ! ». Or je vais dire quelque chose de terriblement austère ; mais pour notre recherche, il faut la dire ; avec Etty Hillesum (décidément je l’aime !), il faut dire : « S’engager, c’est accepter la mort. »

Là, nous sommes au centre du don de soi, vraiment au centre. La parole de Jésus en Marc 8/38, nous le rappelle : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il prenne sa croix… » Mais il suffit de le regarder, lui Jésus : son engagement-pour-les-autres l’a conduit tout droit à la croix. Il avait envisagé sa mort, mais courageusement il a continué.

Personne ne va à la mort en chantant et la fleur au chapeau ; laissons ce cliché aux va-t-en-guerre des deux dernières. Jésus, lui,  a vécu sa souffrance et sa mort difficilement, avec angoisse à mesure que l’Heure approchait.  Or il l’a fait pour nous.

Mais il y a plusieurs genres de mort ; outre la mort définitive, il y a la mort « à petit feu », à feu doux. Et c’est là que se place le don de soi. Quitter ses pantoufles chaque jour pour aller vers les autres, c’est une mort ! Une petite mort peut-être, mais vécue au quotidien. J’ai déjà évoqué le papa qui, rentrant du travail, trouve son petit garçon qui joue sur le tapis. Fatigué, le  monsieur se carre dans son fauteuil et ouvre son journal. C’est  alors qu’une  petite voix monte du tapis : « Papa, s’il te plaît, viens jouer avec moi ! »  Et le papa lâche son journal et s’assied sur le tapis. Cela n’a l’air de rien, mais voilà ce que j’appelle une « petite mort ». Le papa a sacrifié son fauteuil pour faire plaisir à son garçon.
Il y a une belle expression en français : la maman « se consume » pour ses enfants. Voilà le petit feu ! Sœur Marie-Paula, que j’ai connue au Cameroun, se consumait pour ses lépreux. Elle s’est tellement consumée qu’elle est morte de la lèpre. .. Guynemer avait raison : « On n’a rien donné tant qu’on n’a pas tout donné. »

Pour finir, c’est ainsi que l’on voit vivre Jésus dans l’évangile. Toujours chez les autres, toujours attentif aux autres, toujours prêt à secourir les autres, au point de violer le repos du sabbat : la fille de Jaïre, la femme adultère, l’ami Lazare. Sa vie-pour-les –autres prépare sa mort. Elle est déjà une « mort à petit feu » !

Il ne faut pas dramatiser. Mais soulignons que cette mort quotidienne est aussi une mort par amour. Alors là, ça change tout ! L’amour et la mort sont frère et sœur. Tant qu’on n’a pas  allié les deux, on ne comprendra rien à l’Evangile.

Nous verrons cela la prochaine fois.


jeudi 1 août 2019

5. les perversions du don de soi.



Qu’est-il arrivé à Robert Mugabé, le potentat du Zimbabwé  sorti par un putsch militaire, il y a quelque temps ? De militant pour l’indépendance de son pays, tout donné à « la cause », ayant passé dix ans dans les prisons du pouvoir blanc, il s’est mué peu à peu en tyran sanguinaire ! Après avoir affronté la mort pour lui-même, il a imposé la mort aux autres, et ce pendant des années. Au début, il croyait que pour vivre il fallait accepter de mourir. Ensuite, il a pensé que pour vivre, il fallait faire mourir les autres.
Que s’est-il passé ? C’est un cas extrême, mais typique : le don de soi du jeune Mugabé s’est mué peu à peu en recherche de soi, du pouvoir à tout prix. Comme quoi tout engagement pour les autres peut se pervertir… Dans la Bible, le diable manie la soif de pouvoir avec beaucoup de savoir-faire !

La lutte de Mugabé pour libérer son pays fut-elle gangrenée dès le départ par une ambition démente ? Nous ne savons pas. Toujours est-il qu’à l’instar du dictateur, on peut utiliser son propre dévouement comme une échelle pour parvenir à la gloire, à l’admiration des autres. Bien sûr, dans le don de soi il y a le désir de se réaliser, de donner un sens à sa vie, c’est normal. Mais quand la soif de réussir prend le pas sur l’amour sans calculs, alors casse-cou !

D’accord nos engagements ne sont jamais chimiquement purs, il y a toujours un peu de recherche de soi, de recherche de l’estime de soi. C’est pourquoi il est très nécessaire de s’arrêter de temps en temps, de s’asseoir pour faire le point : « Pour quoi suis-je envoyé ? Est-ce que cela me rend heureux ? Est-ce que je cours trop ? Et la place de la prière là-dedans ? »

J’ai connu des personnes qui agitaient leur dévouement comme un drapeau, un peu à la manière de St Paul. Il faut relire l’étonnante énumération en 2 Cor11/23-26.  Cela me gêne  de dire cela,   car il ne faut pas décourager les bonnes volontés. Mais dans l’engagement, le facteur temps est important. Pour que le don reste authentique, il faut sans cesse se remettre en question, surtout au moment où tu es appelé à prendre de plus grandes responsabilités. Rien de pire que les « fonctionnaires de la bienfaisance » et les don Quichotte du dévouement.
Ça ne va pas, il ne faut pas encombrer les autres avec notre bonne volonté. Et là, nous arrivons à un autre mystère. S’il te faut garder humilité et humour dans le don de toi-même, c’est que ton engagement ne sera vrai que s’il envisage la mort. Voilà : jusqu’à la mort. Mais quelle mort ?


lundi 10 juin 2019

4. Tu peux toujours dire non, ou "On verra!"



Que faire devant cet appel insistant qui est censé te faire sortir de toi-même et de tes pantoufles ?

Les réponses sont diverses : tu peux foncer à corps perdu, à la manière de Charles de Foucauld. Tu peux aussi dire « non », définitivement. Boucler la porte de ton cœur… Il y en a que la vie anesthésie, le confort, l’argent, tout ça. Au monsieur bien mis qui demande à Jésus la recette pour aller au ciel, Jésus dit carrément : « Va, vends tes biens, suis-moi ! » Et l’autre  a calé car, dit l’Evangile, « il avait de grands biens »(Mc10/22).
            Entre nous, Jésus n’y connaissait pas grand-chose en matière de pub. A cet homme qui veut le suivre, il dit : « Les renards ont des terriers, mais le Fils de l’Homme (c’est-à-dire lui-même), n’a pas une pierre pour poser sa tête pour dormir. » Mt 8/20… Quand on veut recruter, on ne dit pas ça ! Mais disons-nous bien qu’à celui qui veut s’engager pour les autres, Dieu ne propose pas la vie en rose ! Nous y reviendrons.

Si j’ouvre l’Ancien Testament, je constate que, chez ceux que Dieu a appelés, les hésitations, les marches arrière, les refus n’ont pas manqué. Moïse le premier. Voyez cette comédie quand Dieu veut l’envoyer dire un mot à Pharaon pour libérer son Peuple.  Première réponse de Moïse : « Je suis trop jeune. » Deuxième réponse : « Je ne sais même pas Ton Nom, Toi qui veux m’envoyer. » Troisième réponse : « Personne ne me prendra au sérieux. » Quatrième réponse : « Je bégaie, envoie un  autre ! » Cinquième réponse : « Envoie qui tu veux, mais pas moi. » … Il y a de quoi s’énerver ! Mais la patience de Dieu est sans bornes, c’est la patience de l’amour. Et Moïse finit par y aller.


Des gens qui discutent avec Dieu qui les envoie, il y en a beaucoup dans la Bible : Jérémie, Jonas. Il faut livre le livre de Jonas ! C’est un joli conte, mais plein de sagesse. Jonas est un homme sympathique qui pourrait être le Monsieur Tout-le-monde que nous croisons dans nos rues. Dieu veut l’envoyer convertir Ninive, une mission à haut risque à vrai dire ! Et Jonas se défile, il fuit par la mer; ce faisant, il est tout à fait dans son  droit, il est libre. Mais Dieu ne désarme pas et suscite une tempête. Et c’est le coup de Jonas passant trois jours dans le ventre de la baleine ! Cette retraite forcée l’oblige à réfléchir et le poisson le rejette sur la rive, face à Ninive… J’aime bien Jonas, c’est un garçon qui a du tempérament ; par la suite, il s’énervera sérieusement contre Dieu le très-Patient.

Cette histoire nous rappelle que celui qui est appelé, que ce soit par Dieu ou par sa conscience, est absolument libre de sa décision. Et c’est ce qui fait sa grandeur. Dieu, ou ta conscience, ne te prend pas par peur, ou par intérêt, ou par surprise. Ta réponse est  libre, libre au point que tu peux toujours récupérer ta mise et soit reprendre tes pantoufles, soit t’engager autrement.
Mais dans cette aventure du don de soi, il y a ceux qui détournent l’appel qu’ils ont reçu. Des faussaires de l’Evangile, qui disent oui tout en faisant non. C’est ce que nous verrons bientôt.



mercredi 15 mai 2019

3. le don de soi, un appel




Tout le monde a des yeux pour voir ! Mais cela ne suffit pas pour s’engager. Chez certains, la vue de la détresse leur fait le même effet que de l’eau sur les plumes d’un canard. Chez eux, l’appel des pantoufles est plus puissant. Non ! Chez celui qui « voit avec son cœur », il se produit une alchimie assez mystérieuse, une sorte d’appel intérieur qui le tire hors de lui-même pour aller vers les autres. L’incroyant dira que cet appel c’est sa conscience, et c’est vrai. Le croyant ira plus loin, en faisant remonter l’appel à Dieu. Et il nommera cela « vocation ».

Comment se fait entendre cette vocation intérieure ?   Alors là, il y a autant de types de vocations que d’hommes  et de femmes qui s’engagent… Pour beaucoup, il y a un choc au départ. A l’image de « L’opticien de Lampédusa », de E.J. Kirby. Ce gentil commerçant, au cours d’une balade en mer, se retrouve en plein drame : des migrants par dizaines en train de se noyer… Pour notre homme et sa femme, c’est un choc qui marquera à jamais leur engagement… 
Oui, à l’instar de Dieu qui a vu la misère de son Peuple, des gens ne peuvent plus dormir après avoir vu la peine des autres. C’est tout à leur honneur. Entre nous, ce serait bien l’honneur de l’Europe que de gérer au mieux l’accueil des migrants, ne fût-ce que pour damer le pion à l’Amérique de Mr Trump !

Mais Dieu – ou la conscience  – a d’autres cordes à son arc ! Une lecture, une séquence à la télé, l’exemple d’un voisin, un SDF qui demande un bout de pain,  voire un long séjour à l’hôpital après un accident, tout peut entraîner une  prise de conscience…. Toujours est-il que personne ne s’envoie tout seul. Il faut toujours un appel extérieur, un concours de circonstances que les chrétiens appellent providence. Donc restons humbles, ne   jouons pas   les abbés Pierre du monde, mais en secret, remercions celui, Dieu ou un autre, qui nous appelés. Et si d’aventure nous nous demandons : « Pourquoi moi ? », devinons que c’est un geste d’estime et un honneur, voire un signe d’amour, que l’on nous fait.

Je voudrais simplement, pour terminer, évoquer une sorte d’appel que j’ai vécu et que – je le sais – bien d’autres ont vécu. C’est un appel puissant, intérieur, entendu une nuit. Un appel bouleversant qui vous laisse ébloui comme après un beau rêve. Un appel insistant aussi : j’ai moi-même essayé de le faire taire pendant un an, en vain. Sans vouloir faire le malin, je l’ai comparé à la fameuse « nuit de Pascal » telle qu’il la décrit au début de ses « Pensées ». Ou, plus récemment, à la « Nuit de feu » d’Eric-Emmanuel Schmitt... Cet appel a décidé de ma vie missionnaire.

J’en témoigne ici, tout en me disant que les manières de Dieu sont souvent bizarres ! Exactement ce que le prophète Isaïe devait se dire quand Dieu l’a appelé :« J’entendis alors la voix du Seigneur  qui disait : « Qui enverrai-je ? » Je dis : « Me voici ! » Il dit : « Tu diras à ce peuple : « Ecoutez bien, mais sans comprendre, regardez bien, mais sans reconnaître !... » … Pas facile !!! Mais dépassons la difficulté, ne laissons pas au commando Hubert ou au colonel Beltram, l’exclusivité du don de soi pour sauver les autres.

mercredi 24 avril 2019

Châteaux



Les pères Oblats, dont je suis, sont dits « missionnaires des pauvres ». Bon, mais pas de quoi pavoiser, car tous les missionnaires se disent « des pauvres », à l’instar des Sœurs qui sont toutes des « petites » Sœurs (des pauvres, de Jésus)… Je n’ai jamais entendu parler ni de « missionnaires des riches », ni de  « grandes Sœurs des pauvres » !
Et pourtant, les « grands » existent ! Je viens de passer quelques jours dans un coin de la France profonde . Loin des vents de sable de Marseille, j’ai vécu la vie de château, moi qui me dis « des pauvres » ! Et j’en suis fort aise. Imaginez un peu : des plafonds de cinq mètres  de haut, des trophées de cerfs faisant ressembler les couloirs aux frondaisons environnantes, ou aux barbelés de la guerre de 14 dont le souvenir est ici omniprésent.. C’était dans l’Aisne, non loi de Coucy-le-château, dont les restes du fameux donjon dominent le paysage.

L’Aisne est à découvrir : des champs immenses, nus, monotones, à côté de forêts à perte de vue, de marais avoisinant la Somme. Et partout, des traces de la Grande Guerre. Cimetières, mémoriaux comme celui de Péronne où l’on découvre les mille astuces du poilu pour se protéger de la mitraille… Bien sûr, les bois hachés par les obus ont repoussé. Mais on se souvient encore de la Grosse Bertha, cet énorme canon qui tirait sur Paris, cachée astucieusement dans la forêt voisine de St Gobain.

L’Aisne c’est aussi, je l’ai dit, une terre de châteaux. Sur les 600 grandes demeures détruites en 14, quelque 250 ont été reconstruites. Et quels châteaux ! Le mien avait, devant ses fenêtres, un parc de 18 hectares, un étang où nous allions ramasser les œufs de colverts au petit matin, des arbres à faire rêver l’enchanteur Merlin… et une meute de 150 chiens courants qui, de temps en temps, se mettaient à hurler ensemble, de quoi faire pâlir de jalousie les trompettes du Jugement dernier. Vous voyez le tableau ?
Car l’Aisne est aussi une terre de pêche et de chasse. Chasse à courre, à pieds pour le lièvre, à cheval pour le cerf. Au grand dam des anti-chasse, toujours là aux rassemblements sous l’œil goguenard des gens du coin. Car ne nous y trompons pas : en ce pays de grande culture, les équipages ne se composent pas seulement des nobles locaux ! Mais les cultivateurs y figurent en bonne place qui montent dignement leurs immenses chevaux bons à affronter n’importe quel gaulis. La chasse à courre donc, avec son vocabulaire  si particulier et fleurant bon les fastes d’antan, avec le savoir-faire séculaire de ses pisteurs et autres piqueux.

Me voilà revenu de mon château, ébloui et songeur aussi. Je pense que si l’on veut comprendre la France, il faut inclure à la fois le foisonnement de ses villes, et ses terroirs. Faire le lien entre une France qui va trop vite et une autre plus posée, plus calme, où la vie n’est pas plus facile qu’ailleurs, mais dont la stabilité est somme toute assez rassurante.

mardi 19 mars 2019

2. Faut voir!



Pour aller vers les autres, il faut d’abord… les voir ! Et de préférence, les voir avec les yeux du cœur. La Mission, c’est d’abord ouvrir les yeux sur le monde. Or, le premier à avoir vu, qui est même un expert en vision, c’est Dieu lui-même. Ouvrons la Bible au livre de l’Exode et écoutons : « J’ai vu…j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte, je l’ai entendu crier… Alors je suis descendu. » Nous passons du Dieu nomade au Dieu qui voit et qui vient.

Ce n’est pas prendre Dieu pour un  homme que de dire qu’il voit avec les yeux du cœur. Un regard lent à la colère. Tout au long de l’Ancien Testament, Dieu passe son temps à regarder son peuple, furieux dans un premier temps en les voyant dérailler, mais toujours prêt à ne pas mettre leurs frasques en mémoire.
Quel est-il, ce Dieu qui voit avec son cœur ? On le devine dans l’Ancien Testament, mais bien davantage dans les évangiles. Si Jésus est en plein dans la Mission telle que nous l’avons évoquée dans le blog précédent, cela vient d’abord du regard d’amour qu’il porte sur les gens et les choses.  Un regard qui voit à l’intérieur. D’emblée Jésus voit « ce qu’il y a dans l’homme » ; alors sa Parole peut aller droit au cœur des gens.

Souvenons-nous de la veuve dans le Temple. Elle glisse une petite pièce dans le tronc, alors que les « el-hadji », les « grands », mettent des billets en les froissant bien pour qu’on les entende. Et Jésus de dire : « Cette dame, dans sa pauvreté, a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. » En clair, elle a donné plus que les « grands »… Jésus a vu !

J’insiste sur les yeux du cœur. J’étais un jour dans un village de Navarre avec une religieuse qui en était originaire. A notre passage, les fenêtres s’ouvraient : « Adios ! Carmen ! » Et beaucoup de bonnes paroles que je ne comprenais pas. On aurait dit que nous avions récolté un Oscar à Cannes ! Et la sœur de me dire : « On va aller voir la française du village. » On sonne, on ouvre : « Bonjour madame la française ! Vous êtes bien ici ? » Et la dame de répondre :« Oh vous savez, chacun chez soi, on est bien mieux comme ça ! » La bulle ! Elle était dans sa bulle ! Dans sa bulle, il n’y avait pas de fenêtre sur le village.

Toutes les Associations sont parties du regard d’un homme, d’une femme qui ont ouvert les yeux sur leur monde. C’est peut-être ceux-là qu’on appelle des « donneurs d’alerte ». Bien plus : ces vigilants appellent leurs voisins :"Est-ce que tu vois ce que je vois ? » Un chrétien qui voit, rejoint celui qui ne croit pas comme lui. Mais à deux, ils ont un regard grand comme le monde. Alors ensemble, ils s’engagent.

Terminons en rappelant les affiches de Vigipirate : « Ensemble, attentifs. » Pas seulement pour repérer l’homme au couteau entre les dents, mais attentifs pour voir la détresse du monde.



mercredi 6 mars 2019

1. Une question

Je commence ici une série de réflexions que je me suis faites après mon récent passage au Secours Catholique. Cela ne vole pas haut, mais j'ai pensé, sans vergogne, vous en faire profiter!


En langage chrétien, quand on dit «missionnaire», on pense d’emblée à ces personnages, barbus de préférence, dont les récits exotiques ont bercé notre enfance…. Sortons des clichés, essayons de regarder notre Eglise, notre pays, ici en France et en Europe. Car nous savons que la Mission est à nos portes.
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A bien regarder nos villes, nos quartiers, nos campagnes, on reste confondu par le nombre d’associations qui donnent leur couleur à la vie d’ici, qui animent villes et villages : Restos du Cœur, pompiers volontaires, CCFD, Secours Populaire, associations pour la sauvegarde du patrimoine etc… On ne peut tout nommer tellement il y en a ! En clair, il y a en France et en Europe, une foule de gens qui s’engagent pour les autres. Et ne vous avisez pas de leur demander combien ils sont payés ! N’est-ce pas ça la Mission?
Tous ces gens qui s’engagent pour-les-autres, se passionnent pour leur engagement.  Ils  n’entrent pas dans une association  pour huit jours, mais ils visent le long terme. Et il faut voir l’ambiance dans ces groupes! Le plus souvent, la joie de vivre et l’allant le disputent à la compétence et au dévouement. Nous avons affaire à des gens qui se passionnent, prêts à recevoir des coups au besoin, à braver le froid en partant marauder à la rencontre des SDF, à sacrifier leurs loisirs à l’occasion...

Bon, on n’est pas là pour distribuer des médailles, d’ailleurs ils n’en veulent pas, ces bienfaisants! Mais il est bon de rappeler que le dévouement existe dans notre société européenne, cela devient même une marque de notre culture, ne craignons pas de le dire!

Il y a donc en France, en Europe, des légions de «missionnaires» entre guillemets. Il ne s’agit plus tant de prendre l’avion pour aller au loin, même si cette  aventure garde toute son actualité et fait partie d’une solide tradition française. Mais ici, sur place, que de gens se lancent dans l’aventure du don de soi! Cela fait même partie, pour les jeunes, d’un parcours éducatif équilibré, dépassant le seul critère de la réussite et de la performance…. Voyez la vitalité des Mouvements de  jeunesse. Il n’y en a pas assez, mais ceux qui existent viennent de partout. J’ai déjà cité une animatrice de rue extraordinaire ; un sens des autres hors du commun, une bonté triomphant  de tous les échecs. Or cette fille avait grandi dans les Jeunesses communistes.

Alors voilà la question que nous nous posons et à laquelle nous essaierons de répondre : qu’est-ce qui pousse ces hommes, ces femmes, ces jeunes à s’engager pour les autres ? De quelle mission se sentent-ils investis pour sortir ainsi de chez eux et de leurs pantoufles?

La question est simple, les réponses peuvent être multiples.