mercredi 16 janvier 2019

dimanche 13 janvier 2019

4. ce que nous appelons l'enfer.



Nous occidentaux, sommes bien carrés dans notre confort. Les immigrés nous troublent un peu, mais on s’y fait ! Alors, pouvons-nous imaginer ce que ces hommes, ces femmes, ces petits ont vécu, ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont traversé ? On  retrouve chez beaucoup les yeux immenses de ceux qui ont trop souffert. Ils ont vécu l’enfer, voilà tout.

On peut bien s’imaginer l’enfer : démons fourchus, flammes, cris désespérés…. En fait, c’est pire : il s’agit d’une séparation éternelle d’avec Dieu et d’avec les autres. Une solitude sans fond… Remarquons que chaque fois que nous cédons à la haine, que nous rejetons des autres, nous amorçons notre descente en enfer. Je ne dis pas ça pour faire peur, mais il faut appeler un chat un chat !

Dans la Bible, Satan a trente-six noms. L’un des principaux est le diable, dia-bolos, celui qui divise. Il a séparé Adam et Eve de Dieu, il est toujours à l’origine de la haine, de la guerre, de toutes ces figures actuelles de l’enfer. Le diable, c’est l’anti-amour.
Certains disent – je l’ai entendu – que l’enfer n’existe pas. En effet, disent-ils, comment le Dieu-Amour peut-il supporter que des gens aillent en enfer ? Ce serait un scandale, comme disait quelqu’un ! A ceux-là je dis : Dieu aime, oui, à la folie même. Mais il nous aime libres, car sans la liberté il n’y a pas d’amour. On dit que Dieu est tout-puissant. Peut-être… Et pourtant il ne peut rien contre notre liberté. Si quelqu’un décide de  s’enfermer dans le mal, ne supportant que lui-même, Dieu n’y peut rien. Cet homme est en train de construire son propre enfer. S’il meurt ainsi, le fossé entre lui et Dieu, entre lui et les autres, continuera. Il restera, ce fossé, par la volonté de celui-là, pas par une « punition » de Dieu !

C’est très important ce que je dis là. Il nous faut tenir d’une seule main  l’amour de Dieu et notre liberté, la puissance de Dieu et notre liberté… Bien sûr, il y a un tas de circonstances atténuantes. La haine peut venir d’une enfance malheureuse, l’égoïsme d’une trop grande pauvreté etc… Si bien que, du fond du cœur, je pense qu’il n’y a pas grand monde, sinon personne, en enfer. Mais si nous disons que l’homme est libre, alors il nous faut envisager l’enfer comme possible, c’est tout. Pas la peine de frissonner ! Tant que l’amour et la liberté seront frère et sœur, l’enfer possible existera.
Peut-être pouvons-nous conclure en montrant comment la séparation d’avec Dieu  peut-être diverse. Dans la vie d’ici-bas, elle est vécue souvent sans états d’âme, même si dans la pratique c’est aussi une séparation d’avec les autres. Mais en enfer, cette séparation sera vécue comme une souffrance éternelle.

Redisons-le : si je passe ma vie à élever des murs, à céder au racisme et à l’exclusion, en un mot à rejeter les autres, je construis mon propre enfer.

samedi 29 décembre 2018

De l'intérieur, suite.



Il faudrait nous habituer à voir les choses « de l’intérieur », c’est-à-dire se mettre à la place des gens dont on nous parle !

Par exemple, l’histoire de Jésus au temple quand il avait 12 ans. On peut se mettre à la place de Marie et Joseph, affolés devant la fugue de leur garçon. Beaucoup de parents vivent cela aujourd’hui encore, et c’est un drame.

On peut aussi se mettre à la place de Jésus, dans son cœur à lui. On nous dit que sa fugue a duré trois jours. D’abord ce n'était pas  une vraie fugue ; simplement Jésus a senti qu’il devait être là, au Temple, avec son Père. Avec sa sensibilité et ses désirs d’adolescent, il s’est senti attiré, entraîné, aimanté par la Présence de  Dieu  dans cette bâtisse immense et magnifique. Il s’est senti chez lui,  et ça personne, pas même ses parents, ne pouvait le comprendre vraiment. L’évangile le dit d’ailleurs.

Voilà donc Jésus au Temple pendant trois jours, trois jours et deux nuits ! On ne va pas nous faire croire que Jésus a passé trois jours et deux nuits à discuter avec les docteurs de la Loi ! Non, il y eut bien autre chose ! D’abord c’est la première fois que Jésus monte au Temple depuis qu’il a l’âge de raison… On l’imagine entrant seul dans le Temple, un peu perdu, lui le petit villageois de Nazareth,  devant tant de splendeur. Pour lui, ce fut un éblouissement, un ravissement intérieur devant la Présence, un envahissement de la Présence du Père. Ce fut sans doute à l’image de ce que vécut son ancêtre Samuel dont nous parle l'Ancien Testament (1 Samuel 1 et 3). Car là, dans le Temple, Jésus était « chez son Père », autrement dit il était chez lui. Il dut y avoir une rencontre d’amour extraordinaire entre lui et son Père avec l’Esprit…. 

Et Jésus a vécu cela trois jours et deux nuits. Est-ce à ce moment-là qu’il prit l’habitude de prier son Père la nuit ?... On peut imaginer le silence nocturne dans ce Temple immense, et au milieu de ce silence, la rencontre de l’adolescent avec le Père et l’Esprit.



mercredi 5 décembre 2018

intermède: De l'intérieur



Je portais ça dans ma tête depuis longtemps. Plus exactement depuis 1988, au temps où, lors d’une année sabbatique à Paris, je réfléchissais à mon parcours depuis 1960, au temps de mon arrivée à Sir. Je me demandais pourquoi ces vingt premières années  furent parmi les plus heureuses de ma vie ?
Rapidement, la réponse m’est venue : en vingt ans, j’ai eu le temps, on m’a laissé le temps, d’entrer dans un peuple… Mais alors, d’y entrer vraiment, de vivre  ce peuple pour ainsi dire « de l’intérieur ». Je m’explique : on peut vivre dans un coin pendant des années, et rester extérieur à ce coin ! On peut vivre dans un peuple, mais à l’état de touriste perpétuel. On collectionne quelques objets curieux, on tire quelques diapos, on bafouille quelques mots de la langue. On a quelques amis bien sûr, mais on n’entre pas vraiment « dedans ». Et on quitte le pays sans état d’âme.
Connaître un peuple de l’intérieur, c’est difficile à décrire. Dans un premier livre, j’avais parlé de « connivence ». Un mot imparfait, mais qui signifie quand même que l'on dépasse le niveau de la tête, de la connaissance, pour arriver au niveau du cœur. La connivence, c’est ce lien qui n’a plus besoin de paroles,  un ressenti partagé, une sorte de sixième sens  qui vous faire dire « On se comprend ». C’est se surprendre à avoir les mêmes réactions de défense ou de fureur, le même humour face à la vie, les mêmes rires. C’est entrer dans la joie démente des fêtes, dans la douleur des parents dont le petit a été tué par un serpent. C’est aussi épouser la même révolte devant les injustices du pouvoir.

Pourquoi dis-je cela maintenant ? Parce qu’au niveau de ma foi, je crois que je suis en train de vivre la même chose. Là aussi c’est difficile à expliquer. Disons que certaines paroles de l’Evangile, pas toutes, je suis "entré dedans". Là encore, il ne s’agit plus seulement de la tête, mais du cœur. Ne m’en demandez pas plus, je  ne puis dire qu’une chose : je vis cela de l’intérieur, je me dis « Cette parole, c’est pour moi ! ».
Allons plus loin … Maintenant je comprends. Ou plutôt je crois, je  crois qu’en me permettant d’entrer dans ce peuple kapsiki pendant vingt ans, Dieu me faisait prendre un chemin pour qu’aujourd’hui je comprenne l’Evangile « de l’intérieur ». Comme le Christ est venu chez nous pour nous connaître « de l’intérieur ». On appelle ça l’Incarnation…  Vous allez me dire : « Depuis soixante ans que tu es prêtre, tu en a mis le temps ! » Possible, mais pour Dieu, le temps compte peu, il a son Heure. 
J’ai envie de me mettre dans la peau de St Augustin (fin 4ème siècle) :
« Tard je t’ai aimé, ô beauté si ancienne et si nouvelle ! Tard je t’ai aimé ! Mais quoi ! Tu étais au dedans de moi, et c’est au dehors que je t’ai cherché ! »

samedi 17 novembre 2018

3. "Est descendu aux enfers"



Pour comprendre cette formule du credo, il faut remonter dans le temps, avant Jésus. Les anciens juifs disaient que les morts se retrouvaient dans une espèce de salle des pas perdus où ils restaient là, vivotant comme des rats dans une cave, et sans doute s’ennuyant prodigieusement ! Ils appelaient ça le Shéol. Tous les défunts y avaient droit. On en trouve une description saisissante dans le psaume 88.  Sans gros efforts, on pourrait imaginer des lieux plus sympathiques !

Donc, quand nous disons que Jésus « est descendu aux enfers », il faut traduire « est descendu au Shéol ». Ce n’était pas tellement un lieu de souffrance comme on parle de l’enfer des camps de concentration, plutôt un lieu d’attente… Depuis longtemps, l’Eglise a réfléchi : si Jésus est ressuscité, nous ressusciterons tous après lui. Oui, bon, mais les gens qui sont morts avant Jésus et qui sont dans le Shéol ??? Sont-ils privés du ciel ? Alors au 9ème siècle, on a trouvé cette image magnifique de Jésus descendant au plus bas, jusqu’au Shéol, pour en tirer ceux et celles qui sont morts avant lui, tous les Adam, Eve, Abraham, Moïse etc.…

Je dis bien : « Jésus est descendu au plus bas. » Il a commencé à « descendre » chez nous à  Noël – c’est déjà assez bas ! – et il a continué sa descente jusqu’à ce lieu où l’attendaient les anciens…. On peut dire que là, Jésus est allé au bout de son Incarnation. J’aime bien ce que Christian Bobin a écrit dans « Le très Bas » : « La haine rassemble les hommes sous la puissance d’une idée ou d’un nom, mais l’amour les délivre un à un par la faiblesse d’un visage ou d’une voix. »… Voilà ce que veut dire « est descendu aux enfers ».
Remarquons que, déjà au temps de Moïse, Dieu était déjà descendu, mais oui ! Il faut relire le livre de l’Exode : 
Exode 3/[7] Le SEIGNEUR dit : " J'ai vu la misère de mon peuple en Égypte et je l'ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances.
[8] Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel.

Si Dieu « descend » chez quelqu’un, c’est toujours pour l’aider à remonter, pour le libérer. Voyez Zachée. Pour imaginer ce que c’est, que les anciens se souviennent de la Libération, quand les hommes en kaki arrivèrent : un vent inouï de liberté, une joie débordante, on dansait dans les rues, on embrassait même les inconnus.

Il y a bien d’autres enfermements, nous en sommes témoins tous les jours : la dépression, la trop grande souffrance, les addictions de toute sorte… C’est de toutes ces morts  que Jésus vient nous délivrer. Il est entré lui-même dans nos enfers, dans nos shéols. Pas pour s’apitoyer et pleurer à chaudes larmes, mais pour nous tirer de là.       

Voilà comment et pourquoi Jésus est « descendu aux enfers ».  




mardi 6 novembre 2018

2. Après la mort, qu'est-ce qu'il y a?




        La réponse peut aller du haussement d’épaules qui veut dire : «  Question farfelue ou inutile. On s’en balance ! L’important est de vivre maintenant. » jusqu’à « Personne n’en sait rien », avec parfois une pointe d’angoisse.
    Hé oui, personne n’en sait rien ! François Mitterand, mourant, disait paraît-il : « Enfin, je vais savoir ! »… Il y a bien ces personnes qui racontent ce qu’elles ont vécu alors qu’elles étaient en état de mort apparente, et ce qu’elles ont vu avant de « revenir sur terre ». Etonnant, mais là encore on reste dans la conjecture. Bien que tous les  « revenants »   ou presque, disent avoir vu un puits de lumière et d’amour, à la façon de cette toile de Jérôme Bosch « L’ascension des élus »….

        Mais tournons-nous vers la foi.  Que nous dit notre foi ?

       D’abord, il faut changer la question. Non pas « Qu’est-ce qu’il y a après la mort », mais « Qu’est-ce qu’il y a après la vie ? » Cela remet la mort à sa place, elle n’est qu’un passage.
      Ensuite ? Nous sommes comme le monsieur ébloui par la voiture  qui a oublié de mettre ses phares en code. La Résurrection de Jésus est ce puits de lumière qui nous remplit les yeux. Retentit alors la grosse voix de St Paul : «  Dieu qui,  par sa puissance, a ressuscité Jésus, nous ressuscitera aussi. » 1 Cor 6/14. Il fait écho à la parole de Jésus à Marthe devant le tombeau de Lazare : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » … Voilà des paroles éblouissantes pour le croyant. Cela veut dire que par la mort, nous passons de la vie à la vie, tout simplement. Car là où est passé Jésus, nous passerons nous aussi. Tout le temps Jésus disait « Suivez-moi ! ». Donc, s’il est passé par la mort, nous aussi ! S’il est vivant après la mort, nous aussi !

        Bien sûr, ce que je dis là c’est de l’hébreu pour l’incroyant. Tant pis ! Moi  je suis croyant, et ce que je dis là est la base de ma foi, le béton, le roc de ma foi. Pour moi, il ne s’agit pas de « pluquer » dans l’Evangile, comme on dit dans le Nord. Il ne s’agit pas de dire : « Je prends ceci, je laisse cela. Je prends l’amour,  je laisse la Résurrection. » Non, l’Evangile est un tout. Et si je crois, je prends tout !

      Donc Jésus est ressuscité, et en sortant de la mort, il nous a ouvert la voie. Nous sommes les enfants de la promesse que Jésus a faite dans l’évangile de St Jean 14/3 : « Je reviendrai et je vous prendrai avec moi. »



vendredi 19 octobre 2018

Les "fins dernières"

Je commence aujourd'hui une réflexion sur ce qu'on appelle les "fins dernières". Autrement dit la fin des fins, la vie après la mort... Sujet plutôt austère, peu abordé actuellement. Mais il faut bien s'y mettre! Car après la mort, est-ce que tout finit, ou tout commence?


1.   Nous disons le « Je crois en Dieu » pendant la messe, parfois un peu machinalement !  La fin  est quand même bizarre quand on y pense : Jésus « descendu aux enfers », la communion des saints, la vie éternelle, tout ça… Mais derrière ces expressions assez insolites, il y a des réalités que nous allons essayer d’éclairer. Il s’agit de tout un ensemble qu’on appelle les « fins dernières »,  ce qu’on a pu appeler plus récemment « la vie après la vie ».

     Au  cours des âges, bien des curés ont prêché sur les fins dernières. Parfois abondamment, parfois fort peu. Ce fut comme la pendule de ma grand’mère, on a balancé ! Il fut un temps où l’on parlait beaucoup du ciel, de l’enfer, du jugement dernier. Témoins les tympans de nos cathédrales avec ces petits bonhommes sculptés, les uns montant au ciel, les autres  dégringolant en enfer, y compris des évêques ! Il fallait faire réfléchir les gens en ces temps de fer, résonnant du fracas  des batailles, des cris des pestiférés, de la mort partout….


     Mais actuellement, c’est le retour du balancier : on ne parle plus beaucoup des fins dernières. L’enfer ? Peut-être croit-on qu’on a fait mieux au temps des camps de concentration. Et puis, le péché, se convertir ? On y pense moins, et d’ailleurs on n’a pas tellement le temps d’y penser... Il faut remettre la balle au centre et le balancier à midi.  Bien sûr il ne s’agit ni de faire dresser les cheveux sur la tête ni à l’inverse de hausser les épaules. Non, il s’agit de regarder avec notre foi chrétienne, avec l’Evangile, ce qui se passe après la mort, car cela fait partie de la vie. Donc, posons un regard clair sur l’après-mort, un regard de croyants.
      
     Dans cette recherche, il faudra faire preuve d’humilité. Humilité devant les anciens. Ceux d’entre eux qui ont réfléchi sur la mort, n’étaient pas tous des rêveurs. D'autant plus que l’Esprit-Saint  les guidait ! Qu’il y ait eu des exagérations, d’accord.  Il fallait bien faire réfléchir les soudards, les prédateurs et autres égorgeurs, nous l’avons dit. Et puis, reconnaissons que l’Eglise, cette vieille dame réfléchissant sur la Bible et la Tradition, garde un fond de sagesse dont il faut bien tenir compte.

     Une autre raison de rester humbles dans notre recherche, c’est que nous entrons dans le mystère de Dieu. Alors, faisons comme le chercheur qui met la main devant sa bouche quand il ne sait pas...Ceci dit, entrons résolument dans cette question qui, tôt ou tard, nous brûlera les lèvres : qu’est-ce qu’il y a après  la mort ?