dimanche 26 juin 2022

en 2022, l‘homme qui marche, c’est le migrant

 

    
Ceux-là sont partis. Certains ont fui les bombes qui veulent leur voler la liberté. D’autres ont passé deux, trois ans sur la route. Ils ont passé le désert en marchant. Parfois ils ont couru, couru pour échapper à l’horreur. Souvent ils se sont cachés comme des bêtes traquées. D’autres fois, ils ont rêvé d’Europe, dans leurs rêves ou derrière un grillage : ce sont les réfugiés. A Lampedusa, deux mondes se côtoient : les touristes et les immigrés. Mais ceux-ci ne sont pas là pour le fun !

            Ce sont des marcheurs forcés… Rares ceux qui sont partis de leur plein gré ; ils ont été poussés, ou chassés par la guerre, la faim, le manque d’avenir. Parce que, comme tous les hommes, comme chacun de nous, ils cherchent un petit bonheur comme la primevère cherche le soleil. Un coin, rien qu’un tout petit coin où ils puissent trouver un peu de chaleur humaine, un peu d’amitié qui, peut-être, mettra fin à leur longue marche…. vers la liberté.

        Je n’essaie pas de faire du vibrato pour forcer votre pitié! Mais ces migrants-marcheurs, qui s’imposent de plus en plus à notre conscience, sont aussi pour nous des symboles : personne ne quitte sa patrie de gaieté de cœur. Un kosovar disait : « Personne ne quitte son pays pour aller voir le pays d’un autre ! Seuls la souffrance, le malheur et la guerre l’y obligent. » Ceux-là n’ont pas voulu marcher, mais ils sont poussé par l’espérance. Un chant dit : « Si l’espérance t’a fait marcher plus loin que ta peur ! »

            Voilà, tout est dit : le réfugié est pour nous à la fois symbole de malheur, et symbole d’espérance… Dès lors, pour le croyant, le migrant est un rappel , violent parfois, envahissant, débarquant sans crier gare dans la modernité, débarquant comme des oiseaux venus de nulle part et qui envahissent nos jardins, tels ces geais qui arrivent par vagues, épuisés, en septembre.

            Mais le migrant nous rappelle aussi que, nous aussi, nous sommes quelque part des migrants ! Nous ne sommes pas là pour de bon, pas sûrs du lendemain, voués à la mort…. Alors pourquoi ne pas commencer un voyage intérieur à la suite du Christ dès maintenant ? Car ce voyage-là est la réalité de notre vie. Nous les croyants, nous sommes les gens de l’ailleurs, du pas fini, du déménagement.

            C’est dur ce que je dis là. Je risque de me faire traiter d’empêcheur de danser, d’être moqué par les adeptes du « Tout, tout de suite ». Pourtant, comme le migrant qui marche, toi le croyant tu es le porteur d’une espérance un peu folle, celle de rejoindre un monde où il n’y a que l’amour.

            Pour y arriver, à ce monde, commence ton voyage intérieur dès maintenant. Tout de suite. Peu importe ton âge, il n’y a pas d’âge pour se lever et marcher vers le Royaume.

samedi 28 mai 2022

Quand on marche, on rencontre

 

             C’est une expérience, à la fois banale et merveilleuse, que tu fais quand tu marches. Tu ne marches pas dans le désert. D’ailleurs, même dans le désert, tu fais des rencontres !

            Il y a des gens dont les finances sont sans doute assez solides, et qui passent un an, voire deux, à marcher. Tout le monde a lu Afrika Trek, où la famille Poussin n’en finit pas raconter ses mille et une rencontres sur son parcours de 14000kms.

            Les rencontres ne nous laissent pas intact. … On croise des gens assis, d’autres qui marchent. J’ai de grands souvenirs de mes traversées de villages en Afrique. Car en montagne,  tu es obligé de marcher comme tout le monde ! D’ailleurs, l’Afrique de la savane  est le pays où tout le monde marche : les gamins font des kilomètres pour aller à l’école, les malades pour aller au dispensaire, les hommes et les femmes pour ne pas rater le marché à 15kms. Longuement, joyeusement, on marche. Mais pour moi, ce furent des rencontres de communion. Communion avec le village qui s’éveille, avec les gens qui partent aux champs la houe sur l’épaule, avec le jeune homme qui court après sa femme qui l’a quitté dans la nuit, avec les petits vieux qui, dès que possible, prennent le soleil sur leur rocher. Et toi tu t’arrêtes un moment, un mot à droite, un sourire à gauche, une blague pour chacun, et tu passes, heureux.

            Il y a aussi ceux qui marchent avec toi. Et c’est encore une communion ! On parle peu, mais on est ensemble à traverser des merveilles, à rire et parfois à se faire des confidences. Marcher ensemble, c’est une lenteur partagée. Je trouve cela magnifique qu’au temps du TGV, de plus en plus de gens redécouvrent les vertus de la marche ! On retrouve le temps où l’on ne dominait pas la nature, mais où l’on y entrait, sans rien déranger. En humant l’air du temps, surpris par l’envol d’un ramier, accompagné au printemps par le rossignol que tu ne vois jamais, mais dont le chant t’accompagne.

            Si par hasard tu veux entrer dans l’Evangile, ouvre St Luc et lis l’histoire des pèlerins d’Emmaüs. Voilà une histoire de gens qui marchent et qui se rencontrent! Rencontre d’un soir, mais qui laisse derrière elle des cœurs brûlants, éblouis par le passage de Jésus ressuscité.

            Oui, retrouvons les joies de la marche. Tu ne sais jamais qui tu vas rencontrer, mais tu sais d’avance que tu en seras changé.

 

mardi 10 mai 2022

Une expérience: Compostelle

 

 

            Voilà un vrai pèlerinage : prendre, à pied, le chemin de Compostelle. Je dis bien le chemin. Pas le voyage en bus ou même en vélo, mais « cheminer », se mettre dans les pas des pèlerins du Moyen Age, qui, ne pouvant plus aller à Jérusalem occupé par les Turcs, créèrent ce nouveau « camino ».

            Marcher, c’est entrer dans la lenteur, affronter des horizons qui semblent toujours fuir devant vous, comme en Vieille Castille, se mesurer à la montagne dans une montée sans fin où un sommet en cache un autre, plus loin, comme à Villafranca. Loin sont le TGV, la Formule 1 et même la trottinette. Une marche où le sac pèse, par des chemins pas vraiment carrossables, devenus boueux et même bouseux avec la pluie. On redevient un peu sauvage, mais on  a aussi le temps de s’emplir les yeux de beauté.

            Cela, c‘est le côté romantique du chemin de Compostelle. Mais allons plus profond. Bien sûr, on croise des fanas de la performance  (faire tant de kms en  une étape, et pour qui aller à Compostelle ne représente rien d’autre qu’une sort de rallye des Calanques en plus allongé !).  Mais il est bon de donner au pèlerinage son vrai visage : c’est une image qui est l’image de la vie : une lente traversée vers un au-delà qu’on espère, qui se rapproche, qui laisse sa place à l’imprévu des rencontres … et des orages, qui nous révèle à nous-mêmes. Affronter l’obstacle qu’il faut dépasser si l’on veut être fidèle à soi-même ; c’est,  


pour le croyant, une confrontation avec Dieu comme Jacob se battant avec l’Ange.

            Oui, Compostelle est la vraie figure de la vie, où il faut avancer, se battre, tomber et repartir. Lourdes est aussi un vrai pèlerinage, mais la charge symbolique est différente. Compostelle nous aide à imaginer ce que furent les Croisades, cette marche vers Jérusalem, bien plus dangereuse, où l’on risquait sa vie à l’instar du Christ marchant vers sa mort.

            Allons encore plus loin : Compostelle, nous l’avons dit, nous révèle à nous-mêmes, dans la vérité. A ce sujet, j’ai bien aimé le film « St Jacques-La Mecque ». Là, peu à peu, le chemin partagé avec ses aléas soude un groupe très éclaté au départ, mais qui finit par révéler le trésor que porte chacun dans son cœur, l’amitié, le secours mutuel, tout ce qui donne un goût de paradis à la vie ensemble.

            Etre en vérité, dans une vie où chacun, croyant ou pas, est appelé à donner le meilleur de lui-même, tout en sachant ses propres faiblesses.

            Naturellement, ce que je dis là restera inaccessible à celui qui n’a  plus envie de se battre !

 

samedi 16 avril 2022

L’homme qui marche.


 


            « L’homme qui marche » : c’est le titre du beau petit livre de Christian Bobin sur Jésus[1]. Pour lui, Jésus n’arrête pas de marcher, de Nazareth à Capharnaüm, de Galilée en Judée, toute la Palestine. Avec quelques escapades de l’autre côté du Jourdain… Curieux quand même : cet homme resté 30 ans à Nazareth, le voilà qui ne tient plus en place ! Pourquoi ? C’est qu’il a un message à délivrer... Et de fait, il y a ce Royaume de Dieu qui vient et qui le brûle, qu’il doit annoncer.

            Alors Jésus devient la plus belle image de Dieu venant à la rencontre des hommes, ce Dieu de l’Ancien Testament que nous avons vu nomade un moment, marchant avec son Peuple pendant 40 ans… Après le désert, Dieu se plaignait qu’on veuille le retenir dans le Temple de Jérusalem, lui le Libre ! Oh certes, on répétait très haut que Dieu n’était pas comme les hommes, qu’il était libre et tout. Et les prophètes ne se faisaient pas faute de rappeler la liberté de Dieu. Mais quand même, on était content de le savoir dans le Temple, pas prisonnier mais à portée de main tous les jours. Un Bon Dieu portatif en somme…. Il y avait bien les Samaritains qui disaient avoir Dieu sur leur montagne. Mais c’était des hérétiques.

            Et voilà Jésus, figure bien réelle de Dieu qui marche, libre de tout… Qu’est-ce qui le poussait ainsi à bouger sans cesse, sinon l’amour des hommes ? L’amour des gens, surtout des pauvres et des pas-dans-le-bain. Jésus avait au cœur le désir de rencontrer, de toucher, de consoler : la  dame toute tordue[2], le vieux paralysé des deux jambes[3], le gamin de la multiplication des pains[4]… C’était comme une lumière qui traversait les villages, qui s’arrêtait, illuminant de sa parole claire, qui plus loin faisait se lever un malade, plus loin encore touchait un lépreux . Et l’amour – qui est l’Esprit-Saint – faisait dire à Jésus : « C’est pour cela que je suis envoyé[5]. »

            Alors ceux qui voulaient le suivre, devaient lui emboîter le pas. Certains pour quelques kilomètres, d’autres qui ne le lâchaient pas. Alors ceux-là comprenaient, ou auraient dû comprendre que personne n’est propriétaire de Dieu. Un Dieu qui marche, personne ne peut le fixer, à l’instar des gens du voyage. En Tchécoslovaquie, le régime communiste n’avait de cesse qu’il n’eût  « fixé » les gitans. Mais la Révolution de velours finie, beaucoup reprirent la route… Et les soldats allemands avaient inscrit sur leur ceinturon : « Dieu avec nous ! » Ouais, mais à force de dire ça, on finit par se prendre pour le bon Dieu lui-même. Demandez aux dictateurs de tout poil qui fleurissent actuellement, demandez-leur ce qu’ils pensent d’eux-mêmes. Les voilà assis sur leur trône pour trente, quarante ans : des dieux assis, qui ne bougent que si on les met dehors !

            Non, l’image que les évangiles nous donnent de Dieu, c’est Jésus qui marche, qui « sort » de chez lui, comme dit le pape quand il parle de la Mission. Que François passe en Bosnie ou en Irak, il y a toujours, invisible mais réel, Dieu qui marche. Pas parce que le pape est le pape, mais parce qu’il fait comme tout chrétien qui se lève pour aller vers ses frères.



[1] Christian Bobin, L’homme qui marche, ed Le temps qu’il fait, 1995

[2] Marc 5/25

[3] Marc 2/1-12

[4] Jean 6/8

 

 

 

mardi 15 mars 2022

2. la Bible : des gens qui marchent

 


        

                Ceux qui ont fait le Sahel ont certainement des souvenirs de caravanes... La caravane est une contestation vivante des routes de vacances en France et de leurs files sans fin de … caravanes ! Car la caravane – la vraie – est un monument de lenteur. Les méharis ne courent que dans les fêtes. Mais dans la vie au désert, ils nous disent que la marche, c’est une lenteur. Et il faut entrer dans cette lenteur pour comprendre la vie des nomades.

            Dans la Bible, le début de l’Ancien Testament est une histoire de nomades, et cela a duré des années! Toute l’histoire d’Israël a gardé la nostalgie de la marche au désert pendant l’Exode. Au point qu’Osée le prophète se souvient du désert quand il veut symboliser les premières amours de Dieu avec son Peuple[1]… On comprendra mieux en relisant le merveilleux Cantique des Cantiques.

            Pourtant, la marche au désert fut truffée d’obstacles : faim et soif, découragements, complots et révoltes, idolâtries. Un vrai parcours du combattant pour les inconditionnels  de Dieu ! Pour le Peuple d’Israël, l’Exode  a été comme un entrainement, un apprentissage de la marche avec Dieu. A travers les aléas du désert, le Peuple apprend à ne compter que sur Yahvé, il apprend à marcher avec Lui ; en ruant dans les brancards certes, en râlant à longueur d’Exode, mais en marchant toujours.

            Le Peuple apprend la fidélité ; il apprend surtout la patience de Dieu, Dieu qui entre dans la lenteur des nomades pour que son Peuple continue à marcher.

            Mais, comme dit Xavier Léon-Dufour, « Dieu a voulu faire passer  son peuple par cette « terre affreuse » pour le faire entrer dans la terre où coulent le lait et le miel[2]. » ». Dès lors, la marche devra continuer, sinon la colère de Dieu grondera. Dès que le peuple enlève ses godasses pour mettre des pantoufles, par prophètes interposés Dieu est là pour le secouer, et durement ! Et ce sera l’Exil à Babylone.

            Pour bien des juifs, la terre d’Israël représente aujourd’hui la fin du voyage, cette fin symbolisée lorsque deux juifs de la diaspora se souhaitent mutuellement : « Demain à Jérusalem ! » Grand bien leur fasse ! Mais pour le chrétien, la marche ne s’arrête pas, cette marche hautement symbolique que le Christ refit pendant ses trois ans de « vie publique ».

            Ce symbole nous appelle à ne pas nous laisser arrêter, ni par le confort, ni par l’incroyance, ou par le mal sous toutes ses formes. Nous avons, nous aussi, notre Terre Promise à rejoindre.

            Alors, pour y arriver, continuons à marcher.

 



[1] Osée 2/16

[2] Xavier Léon-Dufour, Vocabulaire de théologie biblique, Cerf 1971, p 261.

mercredi 23 février 2022

Marcher - Un homme, ça marche

 

         Le pape François n’a pas l’habitude de mâcher ses mots ! Dans son document « politique et société », il lance : « Quand un homme ou une femme n’est pas en chemin, c’est une momie, une pièce de musée. Cette personne n’est pas vivante [1]! »

         Je ne sais pas si le pape aime la montagne à l’instar de l’un de ses prédécesseurs Pie XII, en tous cas il ne parle pas pour ne rien dire ! Il continue : « Lorsqu’on marche, on rencontre »…

            C’est peut-être une des leçons  de cette crise du covid : à rester confiné, on ne rencontre personne ! Oui, je sais, il y a des réunions virtuelles de toutes sortes, heureusement. Mais ce ne sont pas de vraies rencontres. On ne marche pas l’un vers l’autre, on ne marche pas côte à côte ; d’ailleurs, on ne marche pas du tout.  Et dès que l’alerte est passée, on redécouvre la marche avec délices !

            Le pape va plus loin : pour lui, marcher fait partie de la vocation de l’homme. Une vocation à rencontrer, à communiquer, à échanger. On a dit et redit que  l’homme est un animal social. Au vrai, là-dessus les autres animaux peuvent nous donner des leçons ! Marcher : encore une « chose de la vie » ! Alors aujourd’hui nous allons réfléchir et méditer sur cette autre chose de la vie : la marche.

            Ce n’est pas neutre, quand on voit des gens hésiter entre leur voiture et le trajet à pieds pour aller acheter la baguette à 200 mètres ! Ce n’est pas neutre quand on voit la place des sports de marche à Décathlon. Ce n’est pas neutre non plus quand on se mêle à une vraie foule genre foule chinoise à Canton, et que l’on se demande « Mais où vont-ils tous ? » Autrement dit, la marche nous dit quelque chose sur la vie…  et sur la foi !

            En effet, pour marcher, mieux vaut avoir un but. Il y a bien des gens qui errent sans but, mais à part les retraités et les poètes, c’est rare aujourd’hui. Non, quand l’homme sort de chez lui, c’est comme s’il sortait un peu de lui-même, de son nid confortable, pour risquer les incertitudes et les aléas de la rencontre en allant vers la nature, et vers les autres. Le pape précise : « La grande amitié, mais aussi la guerre, sont une forme de communication[2] ». Donc, ce qui donne son visage à la marche, c’est son but. Et ce but finit toujours par une rencontre, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire !

            On marche vers, on marche pour. Autrement dit, marcher c’est être un homme.



[1]  Pape  François, Politique et société, l’Observatoire 2017, p 27

[2]  ibid p 27

samedi 27 novembre 2021

8. il y aura d'autres repas

 

                   
            Dans l’évangile, de temps en temps Jésus parle au futur : « Vous mangerez et vous boirez à ma table dans mon Royaume (Luc 22/30), « Heureux vous qui avez faim, car vous serez rassasiés. » (Lc 6/21). Il parle de quoi ? Où ? Quand ? Il n’en dit pas plus. Nous savons qu’il s’agit de la vie avec Dieu au ciel, oui,  ce qu’en langage biblique on appelle la vie eschatologique. Celle vers laquelle nous allons tous, riches et manants, croyants et athées. Donc, à la fin de ces méditations sur le repas, il est bon de s’y arrêter un peu non ?


Jésus ne donne aucun détail sur cette vie après la mort, contrairement à la tradition musulmane qui promet monts et merveilles, même sexuelles, aux vrais croyants. Non, Jésus se contente de parler de repas, mais de façon très symbolique, un beau symbole de la communion dans l’amour, le jour où Dieu sera « tout en tous ».

            Jésus n’en dit pas plus, quoique… Quoiqu’il se serve fort bien de ce langage symbolique dans quelques paraboles : les dix jeunes filles (Mt 25), les talents, les invités à la noce (Mt 22)… C’est plaisant à lire, mais Jésus ne rit pas du tout, il avertit : on n’arrive pas au ciel n’importe comment, il faut s’y préparer, et vite ! Sinon nous risquons de rater le train ! Exactement comme on se prépare à un mariage : nœuds papillons, robes à crevés, chapeaux pas possibles. Mais là, c’est plus sérieux : il s’agit de s’habiller le cœur pour la fête chez Dieu !

            On ne peut pas en dire plus, nous ne sommes pas chez Mme Soleil ! Alors, restons pratiques, les pieds sur terre. Ce festin céleste, c’est pour après-demain. Et en attendant ?

            On a assez reproché aux chrétiens de ne penser qu’au ciel, le nez en l’air, alors que nous autres pauvres pioches, souffrons  ici et maintenant. Comment parler du ciel aux migrants qui hantent nos villes, aux gamins de Phnom Penh qui se nourrissent sur les décharges publiques, aux femmes du Sahel qui font des kilomètres pour trouver un peu d’eau ? La souffrance dans le monde est rude, elle nous oblige à agir maintenant et ici ! Le ciel attendra !

            C’est juste : commençons par partager nos repas et nos fêtes avec ceux qui ont faim ; si nous aidons les pauvres ici et maintenant, Dieu se chargera du reste et nous ouvrira son Royaume. La communion dans l’amour, ça se vit d’abord ici.

            N’empêche : il y a une autre faim, il y a d’autres repas, ici et maintenant . La vie intérieure, la vie avec Dieu, c’est notre affaire aussi, autant que le Secours Catholique ou SOS Méditerranée. Rappelons alors l’appel du Christ dans l’Apocalypse en 3/20 :

« Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. . Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »