mercredi 18 novembre 2020

3. L'Eglise, pyramide ou roue de vélo?

     Je m’étais donné une mission : faire comprendre aux chrétiens leur place dans l’Eglise et dans le monde. Alors, en compagnie d’un « serviteur de communauté », avatar du diacre permanent, j’ai pris mon bâton de pèlerin, et pendant deux ans, nous sommes allés de communauté en communauté. Le thème était simple : qu’est-ce-que l’Eglise ? à quoi pouvons-nous la comparer ?... Et j’avais trouvé une comparaison géniale : l’Eglise est-elle comme un chapeau pointu de berger peul, ou comme une roue de vélo?

Longtemps, l’Eglise s’est  pensée comme un chapeau pointu, (ou une pyramide). Cela arrangeait  fort bien les grands, princes et clercs. En haut le pape, avec plein d’Esprit-Saint. Normal, il est le plus près de Dieu ! Puis les évêques, avec encore pas mal d’Esprit-Saint. Enfin les prêtres, avec ce qui restait d’Esprit-Saint. Et au bas de la pyramide, les dénommés « fidèles », un troupeau dont la seule tâche était de bêler derrière ses pasteurs... J’exagère à peine ! Cette figure consternante de l’Eglise a prévalu pendant des siècles. Entre nous, je me demande si elle a complètement disparu. 

Mais l’Esprit, c’est aussi la jante de la roue, qui relie les croyants entre eux,  fait d’eux une communion, et anime toute la roue. Voilà l’Eglise !... Dès lors, quand un rayon pète, quand un chrétien faillit, c’est toute la roue qui tourne moins bien ! Quand la jante est fendue, c’est-à-dire quand l’Esprit n’agit plus, l’Eglise est malade…. Voilà ce que nous disions… La parabole était limpide, et les gens comprenaient très vite. Suivait une réflexion sur la communauté chrétienne, ce qui l’anime, son organisation etc…Nous en reparlerons.

Donc, exit la pyramide ! Mais nous prenions soin de compléter l’image de la roue par celle du corps. La roue de vélo, c’est mon invention ; le corps, c’est celle de St Paul dans la 1ère lettre aux Corinthiens. Il faut relire cette lettre pour comprendre que l’Eglise est un « corps constitué ». Chacun y a son rôle, l’archevêque a le sien, la mère de famille a le sien. Le père dominicain ne peut pas prendre la place, ou parler au nom de l’industriel chrétien. Mais si l’industriel veut jouer au père dominicain sous prétexte qu’il a reçu la même dose d’Esprit-Saint, le risque est grand que cela ne marche pas. Tous sont engagés, mais n’importe qui ne fait pas n’importe quoi. Tous sont appelés à construire le même Royaume de Dieu, mais chacun à sa place.

Avec un bémol cependant : dans l’Eglise, il n’y a pas de place retenue ! Dieu peut appeler qui il veut, suivant son charisme, ses dons, pour travailler à son champ. Quand le Concile, ou un Conseil diocésain fait appel à des laïcs, masculins et féminins, ce n’est pas un signe des temps, c’est simplement continuer la grande tradition de l’Eglise ! Voyez les apôtres choisissant un remplaçant de Judas en Actes 1/21-26.

En particulier, il faut toujours faire leur place aux prophètes dans l’Eglise er dans les communautés. L’histoire nous montre qu’être prophète n’est pas une question de sexe, ni de savoir théologique… L’avenir des charismes et des ministères reste donc ouvert.

Pour terminer, soulignons l’importance pour chaque chrétien de se faire une image exacte de l’Eglise. Tant qu’on en reste au schéma pyramidal, on risque de ne plus voir dans l’Eglise qu’une bande de satrapes détestant la contestation, ressemblant fort aux docteurs de la Loi qui condamnèrent Jésus. Nous n’avons rien à faire dans cette Eglise ! Mais plutôt : que chacun trouve, non pas sa place, mais à quel service Dieu l’appelle pour que la roue tourne !

jeudi 29 octobre 2020

2. L'Eglise, un signe

 

 

            Allons tout de suite à l’essentiel. Si un homme de bonne volonté me demande : « Au fond, pourquoi l’Eglise ? Chacun n’a-t-il  pas un téléphone rouge pour parler à Dieu en direct ? » Ou bien, comme me disait souvent un ami ardennais : « A quoi ça sert ? » Alors je réponds tout de go : « L’Eglise est un signe. » … Il faut que je m’explique.

             Un signe, ce peut être un objet, un doigt tendu qui me montre autre chose ; en langage ecclésiastique, on appelle ça un « sacrement »… L’Eglise, c’est cela : toute sa valeur, sa carte d’identité, c’est d'être un signe de Dieu, un sacrement. Pas plus, pas moins.

            D’abord, l’Eglise  est signe du Royaume de Dieu qui est déjà là et qui arrive. Son but n’est pas d’être plus forte, plus nombreuse que les autres, avec les plus belles cathédrales, les curés les plus performants, un pape que le monde entier écoute etc… Le but de l’Eglise n’est pas de ramasser le monde entier dans ses filets. Je suis content quand on me dit qu’au Nord-Cameroun, le nombre des paroisses a doublé. Mais je me demande : « Tous ces gens qui affluent, qu’attendent-ils de l’Eglise ? »… Car au fond, l’Eglise n’est là que pour dire à l’homme : « Dieu t’aime et il frappe à ta porte. »  

            Voilà le premier travail de l’Eglise : être signe de l’amour de Dieu, rendre visible l’amour de Dieu pour tous !... Au Nord-Cameroun, il y avait un village que je traversais souvent. Sur le pas de sa porte, un vieux criait quand je passais « Katouli ! Katouli (catholique) ». Un jour je viens m’asseoir à ses côtés : « Qu’est-ce que tu leur veux, aux katouli ? » Et lui de répondre : « Vous les katouli, vous aimez tout le monde. » Le bonhomme avait  saisi le signe !

            Si L’Eglise s’adresse à tous, elle  a donc son mot à dire aussi bien sur le plan social et économique que politique. Aujourd’hui encore, certains passent leur temps à fermer les portes :  islamistes, « America first ! », « Les étrangers dehors ! ».  A l’inverse, l’Eglise – et elle n’est pas la seule – chante l’internationale de l’amour. Alors, quand le pape François, en parlant de la terre, l’appelle « notre maison commune », c’est loin d’être une simple figure de style. Le pape « fait de la politique » et il a raison. Il est à 100% signe de Dieu.  Bien sûr, certains chrétiens sont tentés par le repli identitaire, par un retour de la « chrétienté ». Mais alors hélas, ils ont raté le train !

            Au fond, quand l’Eglise est ainsi signe de Dieu, elle ne fait que continuer le travail de Jésus, tout simplement. Dans l’Evangile, Jésus passe son temps à crier « Abba ! Père ! » Il dit aux hommes que Dieu est leur Père, il ne fait que rassembler les hommes dans l’amour. Prenez la multiplication des pains: ça crève les yeux et les oreilles. Jésus est signe de Dieu qui rassemble, qui nourrit, qui se donne. Et en priant, Jésus disait : « Que tous soient un, comme toi Père tu es en moi, et moi en Toi. » (Jn 17/21).

            Enzo Bianchi disait : « Les non-chrétiens attendent une Eglise qui écoute avant de parler, qui accueille avant de juger, qui aime ce monde avant de s’en défendre. »

            Au 21ème siècle, c’est à nous chrétiens de continuer ce travail d’amour.

 

           

jeudi 15 octobre 2020

1.L'Eglise, une multinationale chahutée

 Nous commençons aujourd'hui une série d'articles sur l'Eglise

1.              En fait, l’Eglise, ça n’intéresse pas trop, du moins en France. Tout juste si l’on hausse les sourcils quand il y a une affaire de pédophilie, ou quand l’Eglise n’apparaît que comme qu’une caste de clercs plutôt pharisiens. Non, j’exagère ! Disons qu’une certaine image de l’Eglise, fausse mais réelle, continue à courir les chaumières. On la considère comme une sorte de multinationale, un peu ringarde, brandissant des interdits, mais à côté de la « vraie vie ».

            Ou d’autres rêvent. Ils rêvent de l’Eglise comme d’un chœur d’anges tout tout près du Bon Dieu. Et les voilà bien marris, voire scandalisés, quand ils s’aperçoivent que l’Eglise est faite d’hommes et de femmes plus ou moins gentils, plus ou moins boiteux. Alors ils se contentent de l’éternel : « Les chrétiens ? Pfff, pas meilleurs que les autres ! » Et ça leur sert d’alibi pour oublier leur baptême.

            Alors ? Alors nous sommes comme ces prospecteurs d’opale en Australie dont on nous parle à longueur de télé. Ils grattent la terre rouge pour dégotter des merveilles !... Peut-être découvrirons-nous qu’il y a des trésors dans l’Eglise, mais – comme dit St Paul – ce trésor est dans des vases d’argile, ou dans des porcelaines chinoises. Ce trésor est tenu par des gens pas plus forts que les autres, mais tous enfants de Dieu et menés par une Force qui les tient debout : l’Esprit de Dieu.

       On ne peut pas tout dire, ce serait trop long
. Sortons cependant des clichés d’une Eglise pleine d’évêques gourmés, de curés prêcheurs et de chrétiens dociles comme des moutons … Cela peut faire hausser les épaules de « ceux du dehors », ça peut les faire rire ! Mais demandons aux plus lucides, à ceux qui cherchent un sens à leur vie, de bien vouloir s’arrêter un moment et de regarder.

            Regarder l’Eglise… Parfois tu es emballé par un  pélé à Lourdes, ou par une belle homélie. Et par moments tu râles ; ou tu es déçu. Alors, avec Sylvie Robert, tu découvriras que l’Eglise, c’est Jésus incarné qui continue. Le Christ continue à vivre dans des tordus, des pendards qui cherchent à vivre les Béatitudes.  Jésus « fait avec », comme on dit chez nous.

            Et l’Eglise se construit en marchant. Le pape François, qui n’est jamais en mal de paroles robustes, précise : « Dans l’Eglise, on retrousse ses manches, on est actifs. L’Eglise est à faire, et pas seulement à regarder de l’extérieur pour la critiquer ou la railler. »

            Comprendre cela, c’est déjà travailler à la santé de l’Eglise.

mercredi 23 septembre 2020

Résurrection

 

     Bon c’est bien tout ça, mais ce n’est pas très emballant ! La souffrance, la compassion, le silence de Dieu,  ça va où ? Finirons-nous par aller dans le mur, à sombrer dans le néant ??? Tous les efforts de la médecine pour alléger la souffrance sont légitimes, et admirables ; mais pas besoin de s’appeler Corneille ou Shakespeare pour reposer la question du sens, du sens de la souffrance.

            Il y a une phrase de l’Evangile qui nous éclaire. En annonçant sa passion, Jésus ajoute : « Les hommes ont fait à Elie ce qu’ils ont voulu. De même, le Fils de l’Homme va souffrir par eux. » Mt 17/12. Or le mot grec pour « souffrir », c’est « pasko ». Un mot qui ressemble beaucoup à « paska », la Pâque. Jésus a-t-il voulu ce jeu de mots ? Toujours est-il que pour nous chrétiens, c’est lumineux : pour arriver à la résurrection, Jésus doit passer (paska) par la souffrance (pasko). Il s’agit bien d’un passage, d’une pâque !

            Mais mourir pour revivre, c’est normal, c’est dans la nature. Jésus, avec son pragmatisme paysan, le dit : « Si le grain semé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits. » Pas besoin d’être cultivateur pour comprendre que la vie sort de la mort. Et voilà où nous allons ! A la suite du Christ, nous sommes appelés à passer par la souffrance et la mort pour ressusciter. Pas la peine d’ergoter, c’est comme ça. Si tu veux ressusciter un jour, tu dois en passer par là. Tous ceux qui ont essayé un autre chemin sans passer par la mort, ont abouti à une impasse. Ca, c’est ma foi qui me le dit.

            Chacun a son paquet de souffrances, inutile de courir après, la souffrance vient à nous. Mais chacun est appelé à prendre ce paquet, à l’assumer avec courage, car il sait que cela le mène vers la lumière. Gabriel Ringlet dit : « Les situations vécues « pour le meilleur et pour le pire » inaugurent déjà notre éternité. »

            C’est pourquoi nous finissons ces méditations avec Joseph Folliet. Ivre de lumière et d’espérance, il a chanté :

Au bout de la route, il n’y a pas la route, mais le terme du pèlerinage.

Au bout de l’ascension, il n’y a pas l’ascension, mais le sommet.

Au bout de la nuit, il n’y a pas la nuit, mais l’aurore.

Au bout de l’hiver, il n’y a pas l’hiver, mais le printemps.

Au bout de la mort, il n’y a pas la mort, mais la Vie.

Au bout du désespoir, il n’y a pas le désespoir, mais l’espérance.

Au bout de l’humanité, il n’y a pas l’homme, mais l’Homme-Dieu, mais la Résurrection.

mercredi 9 septembre 2020

De chaumière en château.

 

 

            J’en ris encore ! Quinze jours après cette escapade dans les monts de Lacaune (voir blog précédent), je me suis retrouvé dans un château pas possible (voir photo). Une chambre avec des rideaux de 4 mètres de haut, 20 mètres comptés entre le salon et la salle à manger, des trompes de chasse et des massacres de cerf au mur, un parc de 18 hectares, vous voyez le genre… Alors, passer sans transition de la jolie maison de  pierre à la vie de château, c’est amusant. Et ça fait réfléchir.

            Je sais : le missionnaire doit s’adapter à toutes les situations, c’est un homme de partout etc… Mais ce n’est pas là-dessus que porte ma réflexion. La chaumière ou le château, là n’est pas l’essentiel. L’important, ce sont les gens qui y vivent. Et là, je n’ai pas trouvé de différence : des gens sans complexes, très à l’aise dans leur milieu, et en même temps très ouverts sur le monde qui les entoure. D’un côté, le karaoké, de l’autre des rencontres un peu plus pincées avec des gens à particules, mais tellement sympathiques et fort attentifs aux autres.

            L’important, c’est ce que vivent les hommes. Comment vivent-ils la famille, la douleur, l’amour ? Des amitiés formidables naissent, il y a de la tendresse dans les regards, on rêve ensemble, on fait des projets, on regarde le monde avec plus ou moins de sévérité, mais toujours avec la passion de ceux qui ont déjà vécu sous d’autres cieux et qui ont connu d’autres manières de vivre. Ceux-là, ils vibrent avec l’air du temps, cela fait longtemps qu’ils ont oublié la couleur de leurs pantoufles !

            Autrement dit, on ne regarde pas le compte en banque, on regarde le cœur. Plus je prends de l’âge (et j’en prends !), et mieux j’essaie d’avoir le regard du Christ, non sur les chaumières et les châteaux, mais sur ceux qui y vivent, qui essaient d’y être heureux, et parfois qui cherchent le bonheur, le vrai…. Ils ont tous le même sourire quand ils accueillent.


lundi 24 août 2020

Une chaumière dans les bois.

 

 

                Il n’y a pas si longtemps on chantait : C’était un porte-bonheur, un petit cochon avec un cœur… Pour cette fois, je corrige : Une petite chaumière avec un cœur.

                Car c’est que  je viens de vivre au fond de la Montagne Noire. Pendant huit jours, j’étais l’hôte  de  cette maisonnette  fleurie dans ses pierres, et charmante ; même avec la sarabande des loirs sous le toit, qui empêchent de dormir… Huit jours… J’en ai encore la lumière dans les yeux.

                L’itinéraire ? De Béziers tu montes à St Pons de Thomières. Après St Pons tu montes encore ; à Fraïsse tu montes encore. Et à 1040 mètres tu prends un chemin de terre impossible et tu arrives. Quel pays ! Quelle solitude ! Quel silence ! Assis sur une pierre (avec un bon coussin), j’ai passé des heures à relire St Paul, à rêvasser, à épier le pic épeiche et le geai. Surprise : un brocard  m’est passé à 10 mètres, tranquillement, sans même m’adresser un regard… Cette nature aux fûts énormes, est presque intimidante, on a peur de déranger.

                Cette région de Lacaune est charmante en été, rude en hiver. C’est le pays de « l’enfant sauvage » retrouvé un jour au fond des bois, le pays des granges aux toits de genêt, des murs couverts d’ardoise. Les loups, paraît-il, sont revenus. Pas étonnant car le pays est plein de moutons. Mais les villages, un moment presque désertés, revivent, se repeuplent de jeunes ménages et de moins jeunes las de la vie urbaine. On les com

prend … C’est un pays de cocagne, avec son miel de bruyère, ses saucisses fleurant bon les âtres en pierre, sa tomme de brebis. Oui, on comprend les retours à la vie simple.

                De nouveau à Marseille, j’en reste encore un peu ébloui. La solitude est une denrée devenue si rare ! Et pourtant, comment se retrouver soi-même sans ça ? Dans le bois, tu as sans doute la même impression que le navigateur solitaire, ou le Chartreux dans son monastère.

On vit ainsi des moments de grâce; je voulais les partager avec vous.


 
   

 

mercredi 29 juillet 2020

6. la compassion



           
             Les Petites Sœurs des Pauvres, Médecins sans frontières, la maraude du Secours Catholique… Peut-on compter tous ceux qui se battent contre la souffrance ? C’est l’honneur des hommes que de ne jamais baisser les bras devant le malheur.
                     Mais avant ce combat, avec ce combat, il y a quelque chose qui est comme l’âme de cette lutte : la compassion. La compassion… Voilà un mot qui nous vient directement du latin : cum-patere = souffrir avec.  Voilà : partager la souffrance de celui qui a mal, c’est possible, c’est même la première chose à faire quand on voit un autre souffrir. Ca vient du cœur.
                      Mais la compassion, ça vient aussi de Dieu. Car Dieu est amour, et tout amour souffre de la souffrance de l’autre, tout simplement. Ainsi de Jésus : il « compatissait » à la peine des autres, « ému et troublé » devant la mort de Lazare, nous dit l’évangile. Mais Jésus est allé jusqu’au bout de la compassion en entrant lui-même dans la souffrance, nous l’avons dit.
                  La compassion, ça commence là, dans les tripes ! Au Cameroun, quand je voyais des femmes et des enfants emprisonnés et forcés par le chef à porter des cruches d’eau sur des kilomètres, j’en étais littéralement malade, et furieux ! St Luc nous dit mot pour mot que les entrailles de Jésus « se tordaient » en voyant les gens qui avaient faim. Voilà la compassion !
             
                       Mais il y a plusieurs temps dans la compassion :
être là… J’étais venu en consultation, et le médecin m’a posé un flot de questions… qu’il consignait sur son ordinateur. Et me voilà fort mal à l’aise, plus malade qu’en entrant. J’avais la désagréable impression de parler à la machine. Le praticien, lui, était là sans être là… Mais le contraire existe ! Job sur son fumier. La bible nous dit que ses trois amis restèrent là, sans rien dire, pendant 7 jours et 7 nuits. Ils étaient là, assis avec lui, c’est tout. Il faut le faire !   En Afrique aussi, rester assis sans mot dire à côté de celui qui souffre, cela fait partie de l’art de vivre.
savoir écouter.  Parfois, tu abordes un ami pour te plaindre de ton lumbago. Et lui, d’instinct, de dire : « Ah c’est comme moi… » T’a-t-il écouté ?
trouver les mots. Marina Carrère d’Encausse raconte dans « Une femme blessée » : « Le docteur n’en peut plus d’entendre cet enfant pleurer à sa douleur innommable  [le petit a le cancer]. Mais Fatimah est là. Elle se penche sur l’enfant, pose une main sur sa poitrine. Puis elle regarde sa mère et dit : « Aimons-le. » C’est « aider » qu’elle voulait dire, mais « aimer » lui a échappé. »
            C’était dans une unité de soins palliatifs. Nous avons tous besoin de soins palliatifs quand nous souffrons… Mais les autres en ont besoin aussi ! Tous les autres ! D'après vous, qu’est-ce qui pousse les membres de SOS Méditerranée à prendre la mer pour sauver les réfugiés en détresse ?



mardi 9 juin 2020

5. Mais il y a ce vieux Job.





            Bon d’accord. Dieu n’est pas responsable de la perversité des hommes. Pas responsable des bourreaux d’Auschwitz, pas responsable de la planète qui n’en peut plus ; ça, on a compris.
            
             Mais dites : l’enfant à qui le cancer donne un ton d’ivoire, à la Timone ? Qui a fait ça ? Et le tsunami, les tremblements de terre comme en Haïti, l’éruption du Pinatubo, qui en est responsable ? Les hommes ? Ils vivaient bien, ils étaient sympas, personne ne leur en voulait et d’un coup crac ! C’est la nuit, la mort.
            La faute à qui ? Qui va crier sur qui ? Marion Muller-Collart écrit : « Pour moi, je confesse que la douleur physique était pour moi une butée, un lieu de grand silence hermétique à toute parole, un lieu qu’aucune lumière  ne parvient à éclairer. »
            
           La Bible a très finement exposé le problème en racontant l’histoire de Job. Job est gentil, heureux, tranquille, et riche ! Et d’un coup il perd tout : récoltes, bétail, famille même. La totale ! Et le voilà sur son fumier, on dit bien « pauvre comme Job » ! Du coup, tout le monde cherche à comprendre. Et le soupçon monte... Les amis de Job lui serinent « Tu as dû faire une grosse bêtise pour que Dieu te punisse ainsi ! » Même sa femme au désespoir lui susurre : « Dieu t’a laissé tomber. Maudis-le, et meurs !»
            Alors Job, tout d’abord, crie son innocence. « Je n’ai rien fait de mal ! Alors, pourquoi ? » Mais ensuite, honteux d’avoir cité Dieu à comparaître pour une demande d’explication (en Afrique on dit une demande de complication), Job finit par s’incliner devant le mystère : « J’ai parlé sans savoir de mystères qui me confondent. Je mets une pierre sur ma bouche… »
            
             Voilà, nous en sommes là. Devant les pleurs de l’enfant malade, devant les furies de la nature, nous nous heurtons au mystère, et nous aussi mettons une pierre devant notre bouche. Ensuite, fort penauds d’avoir cherché à tout savoir, à tout comprendre, à tout expliquer, nous nous taisons et nous entendons le P. Varillon nous dire : « Le mal n’est pas fait pour être compris, mais pour être combattu. » Et, comme en écho, Marina Carrère d’Encausse raconte : « Le docteur n’en peut plus d’entendre cet enfant pleurer. Il sait que c’est dur pour elle, mais il est heureux que Fatimah soit là, dans un coin de cette chambre. Cette femme si généreuse, si attentive, va aider cet enfant et sa mère à franchir le cap. Et Fatimah se penche vers l’enfant, pose une main sur sa poitrine. Puis elle regarde sa mère et dit : « Aimons-le. » C’était « aider » qu’elle voulait dire, mais « aimer » lui a échappé. (Une femme blessée p 103).
            
             Nous chrétiens, nous tenons deux choses devant la souffrance : le mystère, et la volonté de se battre. Et là, nous rejoignons tout simplement notre foi au Christ. Nous disons avec Paul Claudel, ce lumineux : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, ni l’expliquer, il est venu la remplir de sa présence. »
            Oui Jésus a habité la souffrance des hommes et son mystère. C’est le mystère de l’Ecce Homo.

jeudi 28 mai 2020

4. Responsable, moi ?



                       
            Bon, c’est facile de taper sur les nazis et de frémir d’horreur devant le camp d’Auschwitz. Mais regardons-nous nous-mêmes ! Que faisons-nous de notre liberté ? Pour se frapper la poitrine sur celle des autres, pas de problème ; d’ailleurs les français sont passés maîtres dans ce sport. Mais au fond, n’avons-nous pas chacun, chacune, notre part de responsabilité dans la souffrance du monde ?
            Une grande voix, celle du Cardinal Martini, nous demande : «  Se peut-il que je contribue moi-même au  malheur : la destruction de l’environnement, le chômage, tout ça. Il ne suffit pas de se demander « Pourquoi, mon Dieu, cela existe-t-il ? » Nous devrions également nous demander : quelle est MA part dans tout cela ? » (Le rêve de Jérusalem p 25).
            
          C’est vrai pour l’écologie, on nous le répète tous les jours. Nous participons tous à la destruction de la planète. C’est facile de crier sur le charbon polonais ou les incendies brésiliens.  Mais chacun de nous doit s’atteler à la protection de la nature. Le pape François ne se fait pas faute de le répéter dans son Exhortation Laudato Si…  Je sursautais hier en regardant un monsieur faisant le ménage dans sa voiture en jetant les papiers et autres épluchures sur la rue  (mais je n’ai fait que sursauter !)… Il faut se féliciter du réveil  actuel, qui nous atteint au plus profond de nos manières de vivre, de nos habitudes, de nos gaspillages. Oui, ce réveil écologique est bien un « signe des temps » !
            Et voilà un autre « signe des temps »: les manifs. Les manifestations, c’est énervant pour celui qui doit se rendre à son travail. Mais on ne manifeste pas pour rien ! Et notre époque, qui sort des dictatures du fascisme et du communisme, où manifester aboutissait au camp de la mort ou au goulag, notre époque a appris à ne plus se taire, à crier quand ça fait mal. Et ça suppose du courage ! Demandez aux jeunes de Hong-Kong, d’Algérie, aux opposants russes. Malgré les menaces, de la Turquie au Mexique, de la Chine au Brésil, les gens manifestent et obligent les puissants à se pencher sur l’injustice… ou à « dégager ». Et toutes les répressions du monde n’y peuvent rien ! … Voilà comment la société civile, peu à peu, prend conscience de sa force  pour changer ce qui ne va pas. Tous responsables ! Et il faut s’émerveiller de voir l’homme, tous les hommes, prendre leur place dans la marche de la terre. C’est exactement ce que Dieu demandait à Adam au   jardin d’Eden, ce que fit Jésus en envoyant ses disciples aux quatre coins du monde. Il leur dit en substance à la fin de l’évangile : « J’ai commencé le travail, à vous de jouer maintenant ! »
            Toi le chrétien, tu t’engages dans ce combat contre la souffrance, avec à fond de cœur la grande voix du Christ : « Je suis avec vous jusqu’a la fin du monde. »

lundi 11 mai 2020

3. Dieu tout-puissant ?



            Un juif allemand, Hans Jonas, donna une conférence en 1945 : « Le concept de Dieu après Auschwitz. » Sa thèse était la suivante : depuis toujours, la Bible dit que Dieu aime son Peuple. Mais quand le Peuple déraille, Dieu le punit. Autrement dit,  si le Peuple souffre (et Dieu sait si les juifs ont souffert depuis 20 siècles !), c’est que Dieu le punit de ses péchés ! C’est simple….
            Mais, poursuit Hans Jonas, les milliers d’enfants tués dans les chambres à gaz d’Auschwitz, quel mal avaient-ils fait ? Quand ces innocents criaient, où était Dieu ? Voilà : comment expliquer le silence de Dieu à Auschwitz, silence aussi assourdissant pour les chrétiens que pour les juifs ? Et bien des gens de conclure : « Si Dieu existait, il ne permettrait pas ça ! Jamais ! » Et de fait, du Dieu absent au Dieu inexistant, il n’y a qu’un pas !
            Hans Jonas a une autre réponse : si Dieu n’est pas intervenu à Auschwitz, c’est qu’il ne le pouvait pas. Il ne pouvait rien contre les méchants nazis. Et Hans de conclure : donc, Dieu n’est pas le Tout-Puissant ! Mais il ajoute cette belle parole : « Si Dieu n’est pas tout-puissant, que lui reste-t-il ? Il lui reste l’amour. »
            
            Nous autres chrétiens, nous avons une autre conclusion, autre que celle de Hans Jonas. Pour nous, Dieu est tout-puissant, Seigneur du ciel et de la terre. Mais  - est-ce un bien,  est-ce un mal, à vous de juger – il a pris un risque en créant l’homme : il l’a créé libre ! Et Dieu a pour cette liberté de l’homme, un respect immense. Immense comme le fond du ciel, immense comme son amour. Alors Dieu n’envoie pas de missile pour détruire les méchants, il respecte la liberté des petits hommes, même les plus tordus.
            Et il va même plus loin, au point de dérouter bien des gens (ne vous en faites pas, c’est son habitude !).  Il fait cette chose pas très sérieuse de renoncer à sa toute-puissance pour devenir l’un de nous, en vivant comme nous… St Paul, l’apôtre à la plume d’or, avait compris tout le Christ quand il disait aux Philippiens : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, n’a pas retenu jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s'est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes… ». Voilà notre Dieu, à nous chrétiens ! Jésus a été menotté par des hommes libres, tué par des hommes libres. Dieu s’est mis entre nos mains, par amour. Devant la méchanceté des bourreaux, Dieu se tait, il est même vulnérable, comme est vulnérable celui qui aime.
            
           Ce qui faisait dire à Etty Hillesum, cette jeune juive hollandaise en route vers les camps de la mort : « Seigneur, il ne semble guère que vous puissiez agir. Vous ne pouvez nous aider ; mais nous, nous devons Vous aider, nous devons défendre Votre Vie en nous jusqu’à la fin. »
            Et en écho, le philosophe Alain : « Regardez l’enfant. Cette faiblesse de Dieu, cette faiblesse qui a besoin de tous est Dieu. » Alain pensait-il à l’Enfant de la crèche ?


mercredi 29 avril 2020

2. Jésus a fait ce qu’il pouvait




            A Noël, on fête l’Emmanuel, ce qui veut dire « Dieu parmi nous. » Foin de père Noël et autres fariboles, Noël c’est la naissance de Jésus. Bon. 

           Mais Jésus n’est pas né n’importe où ni n’importe quand ! En langage un peu savant, on dit qu’il est « situé ». Il y eut un moment de l’Histoire où il arriva. On le dit au début de la nuit de Noël : « C’était au temps de l’empereur Auguste » cher à nos livres d’histoire de l’Antiquité. Et l’évangile de Matthieu commence par une généalogie, avec des noms, un peu biscornus il faut le dire. Mais c’est une façon de dire que Jésus n’est pas arrivé comme un missile. Relisez cette généalogie, c’est impressionnant !
            Jésus est venu dans un coin de la planète, la Palestine, point de jonction de trois continents. On peut visiter Bethléem aujourd’hui, et c’est une émotion de marcher sur les routes de Galilée, même si le bitume a remplace la poussière biblique !
            Tout cela pour dire que le Christ, cet « homme qui marche », celui par qui des aveugles ont vu, des muets ont entendu, cet homme n’est jamais sorti de son pays à part quelques escapades de l’autre côté du Jourdain. D’où une première constatation : Jésus n’a pas guéri tous les malades de la terre, il n’a pas remis sur pieds toutes les femmes adultères, il n’a pas nourri tous les pauvres qui de par le monde traînaient leur misère. Hors de Palestine, de  Jésus point  
            
            S’il n’a pas guéri le monde entier, Jésus a fait ce qu’il a pu, c’est tout. Et c’est déjà  pas mal !   En fait, quand on lit les évangiles, on se rend compte que si Jésus guérit, ce n’est pas seulement par pitié. Il va plus loin que la guérison. Ces muets qui se mettent à parler, ces paralytiques qui se mettent à danser, ce sont des signes. Des signes, mais pas de la toute-puissance de Dieu !  Des signes  de la présence brûlante de Dieu et de son amour pour les hommes. Dans un coin du monde, dans un moment de l’histoire, il y eut cet homme-Dieu qui a fait ce qu’il pouvait pour montrer que Dieu est amour, qu’il n’aime pas voir les gens souffrir. C’est un Dieu qui a de la compassion, comme on dit en langage d’Eglise.
            
             Les signes que Jésus a faits étaient discrets, car il ne voulait pas qu’on le prenne pour un gourou ou un superman. Il défendait aux gens guéris de crier leur guérison. Et quand les gens se moquaient de lui, il s’en allait sans guérir personne.  
              
                Plus loin nous verrons que Jésus n’a pas supprimé toutes  les souffrances de tous  les hommes, mais il est entré lui-même dans la souffrance, et ce faisant il lui a donné un sens.

lundi 6 avril 2020

1. un océan de souffrances

En ce temps de Semaine Sainte, j'ai cru bon d'écrire quelque chose sur la souffrance. D'où  ce n°1 d'une série de réflexions. Bonne semaine!



                   La première impression que la France m’a faite quand je suis rentré d’Afrique : FACILE ! En France, tout est facile. D’un clic tu prends ton billet de train ; il te faut 5 heures de TGV pour faire Marseille-Lille ; tu entres au Super U et tu trouves de tout, absolument de tout ; les routes sont des billards etc.… Et je comparais avec le Nord-Cameroun, où je mettais 2h15 pour faire 25 kms, et en 4x4 ! Les mayos en crue, les coupeurs de route et j’en passe. Et la souffrance des gens ! Ils  se retrouvaient souvent avec le grenier à grain vide. Pas de Sécu, pas de restos du cœur. Quand tu es élève, tu dois affronter l’absentéisme des maîtres et leur corruption ; si tu rencontres les gendarmes, il y a  toujours le risque de te faire détrousser. Et les mamans, la douleur dans les yeux avec l’enfant malade dans les bras, sans espoir car pas de sous pour acheter le médicament… Bref, en arrivant en France, j’avais un peu l'œil du migrant échappant à l’enfer et croyant arriver au paradis !
            Et puis… Et puis je me suis rendu compte qu’ici aussi il y a de la souffrance. Mais une souffrance autre. Souffrance des pauvres en HLM, menaces du burn-out chez les médecins et les hommes d’affaire, solitude de la mère célibataire, angoisse des jeunes face à l’avenir, frustrations… Et Tim Guénard disait : «  Il n’y a pas de souffrance plus grande que celle que chacun vit. »…     La souffrance est partout, elle fait partie de la vie. Et on a beau tout faire pour la gommer, ou la tourner, elle est là. Quelqu’un (Brassens ?) chantait : « Il n’y a pas d’amour heureux. »
            
           Le constat est amer. Un monde dur, mais un monde qui nous pousse à réfléchir : la souffrance a-t-elle un sens ? Pas seulement pour le chrétien, mais pour Mr Toulemonde qui cherche à être heureux et se tape la tête contre les murs ?  Et pourquoi Dieu permet ça ? Et de quel droit mon voisin est heureux et pas moi ?  En fin de compte, il y a davantage de suicides en Europe qu’en Afrique. Le suicide est une façon de répondre à la souffrance. Mais est-ce la seule ? Face au mal-vivre de nos contemporains, n’y-a-t-il que le mur du désespoir ? 
            
         Nous allons essayer d’allumer quelques petites lumières. Elles ne pourront  pas tout résoudre, ni effacer  le poids que  chacun  porte, mais simplement éclairer des points, comme sur une nationale dans la nuit noire.
            « Qui nous fera voir le bonheur » dit le psaume. Mais où est-il ce bonheur ?  Est-ce un mirage comme on en voit dans le Sahel ?

vendredi 13 mars 2020

Adoration




L’autre jour dans le métro… Assis de l’autre côté de l’allée, je voyais un monsieur et une dame penchés sur un petit chien, même pas beau. Tous deux, ils étaient en contemplation devant la petite bête, je dirai même : en adoration ! Pendant les quatre stations avant que je descende, ils n’ont pas quitté le toutou des yeux, indifférents au reste du monde.

Ma première réaction a été de sourire finement comme je sais le faire. Ridicules ! Ils sont ridicules !... Si encore c’était un bébé !
Et puis.. Et puis j’ai réfléchi. Je me suis dit : « Ne pense plus au chien, pense aux deux adorateurs. Ce monsieur et cette dame sont comme tout le monde : ils ont une capacité d’aimer formidable, et cette capacité, ils la déversent sur leur chien ! »… L’important, ce n’était plus  le toutou, mais l’amour que je lisais dans les yeux de ces deux personnes. Mon regard avait changé.

J’en ai tiré deux conclusions :
d’abord, qu’est-ce qui mène le monde : les mille gestes d’amour qu’on voit chaque jour, ou la barbarie et la guerre ? Les sourires ou les poings levés ? Je crois seulement que l’amour doit triompher.
Ensuite : ces gens n’adorent pas un grille-pain ou une tondeuse à gazon. Ils adorent un être vivant, car seuls les vivants se laissent aimer. Pensant à tous ceux et celles qui ont un chien ou un chat, je me dis que ce sont ces petites bêtes qui les aident à échapper à une solitude souvent terrible. Alors, qui suis-je pour décider qui ils doivent aimer ?

C’est vrai, Dieu est plus grand que notre cœur.

mercredi 4 mars 2020

A Marseille







            
Le portail du Parc Longchamp est ouvert…. Quand on le passe, on fait tout de suite un plongeon au cœur d’une cour de récré ! Ce parc, qui espère être un des poumons verts de la ville, fourmille d’enfants. Il y en a partout ! Les tout-petits, vaguement inquiets sur les chevaux de bois, même si le papa est à côté ; les gamins qui déboulent en trottinette, les étourdis tout à leurs jeux, qui se jettent dans vos jambes sans crier gare. Et les baby-sitters vaquant avec leurs poussettes, régnant sur trois ou quatre petits dûment tenus en laisse autour d’elles. Des joggeurs slaloment comme ils peuvent dans cette joyeuse pagaille ; et des poneys placides et poilus jusqu'en haut des yeux, baladent les petits, fiers sur leur monture mais pas trop rassurés quand même.
            Au plein du jour, le Parc prends des airs de Hyde Park avec les amoureux dans l’herbe et les pigeons qui vous frôlent pour arriver plus vite autour de la « mémé aux miettes ». Il y a aussi un mini terrain de foot pour les ados....Tout cela donne un air de vacances au quartier. Car pour beaucoup, Longchamp représente bien le weekend du pauvre… Nous ne sommes pas loin du quartier la Belle de Mai, dont le nom cache mal le délabrement.
            
           A raconter ce paysage un peu idyllique en plein Marseille, on en oublierait ces SDF qui établissent leurs quartiers dans les cages grillagées abritant autrefois  pygargues et autres grands rapaces. Ils y sont encore d’ailleurs, ces rapaces, mais en plastique vert ou jaune. Cela ne gêne pas les tout-petits qui, le nez sur le grillage, leur racontent leurs petits secrets.
            
            Quand on entend que j’habite à Marseille, bien des cheveux se dressent sur la tête : Marseille, la ville des règlements de compte, des immenses cités, de la saleté. Mais je réponds : oui, mais Marseille c’est aussi les rascasses sur le Vieux Port, les bistrots sonores reconnaissables aux voitures garées en double file. Ce sont les minots qui piquent une tête du haut des rochers, et c’est, peuchère, la douceur du parc Longchamp.

mardi 4 février 2020

7. à la rescousse!



       
           
            Au terme de ces réflexions sur la vie intérieure, je ne sais pas si c’est nous qui venons confirmer et appuyer quelques grandes voix, ou si ce sont elles qui viennent à notre aide ! Force est de constater que de plus en plus de gens se lèvent pour appeler à un autre genre de vie, à un autre modèle de société. Cela peut aller de la simple protestation sans vraies solutions autres que des manifs, à une réflexion bien construite, suggérant de vrais modèles, comme le fait le pape François dans son encyclique Laudato Si.
            Et puis, on trouve des voix moyennes, comme les manifestations de jeunes à la suite de cette jeune suédoise. Là, on est frappé par la jeunesse, la joie des manifestants, même si cela cache mal une véritable angoisse devant l’avenir.
            Un appel à contempler, un éloge de la lenteur, une invitation à plus de sobriété et moins de gaspillage. Une société autre, en somme. Mais tout cela risque de rester des vœux pieux, un accès de ferveur momentané comme l’acné juvénile, s’il n’y a pas en même temps un puissant effort de vie intérieure que seuls des hommes libres peuvent faire. Car il faut une véritable profondeur personnelle pour y arriver, tant sont fort les courants contraires prônés par la pub et la société de consommation.
            A cet effet, j’appelle à la rescousse ce croyant extraordinaire que fut Maurice Zundel. Mort en 1975, ce prêtre suisse n’arrêta pas de parler et d’écrire que la solution aux malheurs du monde – il parlait alors des guerres mondiales, nous parlons du réchauffement climatique – ne sera pas d’abord des plans et des restructurations, mais que cette solution se trouve d’abord en nous. Dieu est en nous, et nous appelle aux valeurs de Beauté, de Vérité, de sens des autres. C’est de là que partira la conversion du monde dont parle le pape.
            J’appelle encore à la rescousse  ces témoins de la vie intérieure que sont les moines et moniales parmi nous. Il y a des géants chez eux, des hommes et des femmes qui vivent à l’image du Christ vivant dans le Père, modèle de tous ceux qui essaient de trouver Dieu à l’intérieur d’eux-mêmes.
            A la suite de Zundel, ces réflexions nous appellent à entreprendre, ou à continuer le voyage intérieur vers… nous-mêmes !
            « Tout l’univers pourrait être parcouru par des engins spatiaux, ce ne serait rien à côté de ce voyage que nous avons à faire jusqu’à nous-mêmes…. Nous ne sommes pas entrés au cœur de notre propre intimité, et nous avons à faire ce voyage vers nous-mêmes. C’est ça la grande aventure. » M. Zundel, sermon 43.

vendredi 17 janvier 2020

6. Liberté intérieure




            Les efforts courageux des citoyens de Hong-Kong pour conserver leur autonomie, nous rappellent que la liberté n’a pas de prix, tant elle fait partie de l’homme debout. Sans la liberté, la prospérité n’est qu’une blague, un miroir aux alouettes. Mr Poutine et les dirigeants chinois sont en train de l’apprendre à leurs dépens.
            
              Mais il y a une autre liberté, plus haute, plus profonde que celle de notre devise nationale. C’est la liberté intérieure…La liberté intérieure !... De quoi s’agit-il ? J’aime bien le P. Varillon quand il dit : « La liberté n’est pas  faire ce qu’on veut, mais c’est vouloir ce qu’on fait. » En d’autres termes, être libre à l’intérieur, c’est prendre la responsabilité de ses actes. Les autres peuvent crier, ils peuvent m’obliger, mais ils ne peuvent entrer dans mon for intérieur, ils ne peuvent me voler ma liberté de conscience.
            La liberté intérieure, ce n’est pas de tout repos! Beaucoup préfèrent qu’on décide pour eux, beaucoup sont esclaves des événements, de l’opinion des autres. Quand Mr Trump fait tout pour sa réélection, ne me dites pas qu’il est un homme libre, malgré ses mines de matamore !... Dans Anna Karenine, Tolstoï raconte qu’on interroge un vieux bonhomme en haillons : « Et le tsar, le reconnais-tu ? » Et lui de répondre : « Pourquoi ne pas le reconnaître ? Il est son tsar et moi je suis mon tsar ! »… Un homme libre, je vous dis !
            
          Pour nous chrétiens, notre étoile de liberté intérieure, c’est le Christ. Lisez l’évangile sous cet angle, et vous verrez. Vers le milieu de l’évangile, tout et tous crient à Jésus : « Fais attention ! Cache-toi ! Ou fais un coup d’éclat ou un coup de tête ! » Mais ce n’est pas la tasse de thé de Jésus. Lui, nous dit St Luc, « durcit son visage » et partit pour Jérusalem, vers son destin. Jésus a intériorisé sa mission, il se sait responsable de notre salut. Alors il y va, en toute liberté. Rien ni personne ne l’arrêtera, pas même St Pierre que Jésus traite de Satan ! Jésus est la liberté infinie, qui est celle de l’amour.
            La liberté intérieure, ça s’apprend. La véritable éducation pour un papa, c’est de former ses enfants à prendre des initiatives et à devenir responsables. En clair, cela veut dire que les jeunes, surtout en entrant dans le secondaire, apprennent à analyser les situations, à acquérir un esprit critique qui leur fasse prendre la bonne distance devant  les effets de mode, les discours et les publicités.
            
            Pour finir, soulignons le lien étroit entre liberté intérieure et amour. Dans « Le rêve de Jérusalem », le cardinal Martini dit : « Si on nous donnait à choisir : voulons-nous des hommes qui ne peuvent faire aucun mal, des robots, ou voulons-nous des hommes libres qui aiment, qui peuvent dire oui ou non, ma réponse serait : je remercie Dieu pour la liberté avec tous les risques qui en font partie. »