On entend grogner ici et là :"Marre de cette campagne électorale! Comme si on n'avait que ça à penser!"
Oui bien, on a le tournis avec ces visages mille fois aperçus et ces discours qui promettent, qui promettent... Mais au fond, quelle chance avons-nous de pouvoir débattre de tout et de tout! Même les évêques s'y mettent, et ils font bien. Car l'enjeu de ces élections n'est plus seulement le mieux vivre, mais bel et bien de trouver à manger, de trouver un travail, ce qui est autrement vital.
Alors j'ai bien aimé la lecture de "Grandir dans la crise", car ce document des évêques de France remet la balle au centre: on ne s'en sortira qu'en se demandant :"Qui est mo
n prochain?"
J'ai bien aimé aussi ce que disait quelqu'un sur RCF: c'est dans les communes où le tissu associatif est le plus fort que le taux d'abstentions aux élections est le plus faible. Normal, les gens qui ont l'habitude de participer, s'intéressent mieux aux enjeux nationaux.
Ceci dit, il ne faut pas croire que la France soit le nombril du monde. Heureux pays où l'on peut débattre sans se retrouver en camp de travail! Nous rendons-nous compte que nous avons de la chance d'avoir des élections libres, et que les pays vraiment libres ne sont encore que des îlots dans le monde?
Nous parlons niveau de vie alors que les autres hurlent justice et liberté. Nous avons raison de vouloir sortir de la crise, cela devient insupportable pour beaucoup. Mais que cela ne nous ferme pas sur notre Héxagone. A mon avis, la politique étrangère de la France est au moins aussi importante que les enjeux internes. Et qui sait? Travailler tous azimuths pour que les Syriens et les Russes puissent débattre comme nous, c'est peut-être un moyen de conjurer la crise???
mercredi 18 avril 2012
Overdose?
jeudi 22 mars 2012
Deux logiques
Côté islam, les deux logiques se côtoient aussi. Bien sûr, le courant ouvert est bien présent, particulièrement en France, mais aussi en Tunisie et - ici et là - en Afrique subsaharienne. Mais il semble que la logique d'exclusion tienne pour le moment le devant de la scène, surtout là où l'islam est majoritaire, sauf peut-être en Indonésie : soupçons envers les courants soufis, lutte sunnites-chiites, persécution des chrétiens d'Orient, Boko Haram... Ici et là, les révolutions arabes prennent figure d'un marché de dupes, où les islamistes tendent à confisquer le pouvoir au détriment des autres acteurs du réveil arabe.
Mais surtout, surtout en ce moment - et là j'aimerais que l'on me contredise - quelles voix officielles dans les pays musul
Ne nous y trompons pas: toute religion qui prête l'oreille aux chantres de l'exclusion, cette religion n'a aucun avenir, elle ouvre la voie aux lefévristes et islamistes de tout poil, ou - pire - aux Mohamed Merah.
lundi 12 mars 2012
Garder l'équilibre
Garder l’équilibre
Au congrès de l’ARS (Association des Recteurs de Sanctuaire), à Lisieux en janvier dernier, Mgr Boulanger, évêque du lieu, nous a parlé de « la Mission pour Thérèse », et c’était très bien. Je cite un passage : « Pour Charles de Foucauld, enfouissement et visibilité, silence et parole vont de paire. Rappelons-nous que le fondement de la spiritualité de C. de Foucauld est dans conjonction « et », alors que souvent nous la remplaçons par le « ou » : enfouissement et visibilité, silence et parole. Le missionnaire est à la fois un disciple et un apôtre de Jésus. Il est un envoyé, même s’il n’est pas un propagandiste. »
Mais voilà le hic ! Si par le passé on a été parfois tellement enfouis qu’on n’était plus audibles (quoique…), il faut bien dire qu’actuellement on nous rebat les oreilles avec la « nouvelle évangélisation ». A entendre certains comme cet autre conférencier venu de Rome exprès et faisant partie du dicastère tout neuf « Pour la Nouvelle Evangélisation », il faut maintenant prêcher à temps et à contretemps, peu importe le milieu, pourvu que soit respectée l’orthodoxie du Message. On nous dit que « l’écoute vient de la prédication », alors que toute notre expérience missionnaire nous dit qu’avant de parler, il faut écouter ce que vivent les hommes.
Et – cerise sur le gâteau – on nous affirme que « l’immédiat après-Concile est terminé ». Voici venu le temps où on a tout compris. Foin des Congar, Hans Kung, Helder Camara et autres Guislain Laffont ; c’est maintenant le temps de la Nouvelle Evangélisation. Mais à aucun moment on ne nous a parlé de « présence au monde » ou de « vivre avec les gens ». Non, c’est la liturgie qui évangélise !
Le moins qu’on puisse dire est que tout cela n’est pas très équilibré. Merci à Mgr Boulanger de réclamer cet équilibre : enfouissement et visibilité. Sinon, une fois de plus, l’Eglise ira dans le mur. Malgré l’Esprit-Saint.
Je dis cela tout de go. Mais pourquoi nous les religieux, ne disons rien ? A d’autres endroits, comme en Amérique Latine, les religieux ont fait office de poil à gratter de l’Eglise. Pourquoi pas en France ?
samedi 18 février 2012
nous aussi
Dans un pays où règne la corruption, pays que je ne nommerai pas, les pauvres sont toujours perdants, puisqu'ils n'ont pas de sous, ou si peu, pour acheter les juges et les fonctionnaires. D'où l'importance des Comités Justice et Paix, existant en principe dans toutes les paroisses. Ces comités ne sont pas là pour parler à la place des pauvres, mais pour les aider à parler, à crier, à triompher de leur aphasie imposée.
Ainsi cette veuve qui, à la mort de son mari, fut chassée de son domicile par un prédateur... Deux ans! Cela a duré deux ans avant qu'elle ne récupère son bien! Enquête "égarée", délais infinis, intimidations... Mais un Comité Justice et Paix était derrière elle, ce qui lui donna courage et confiance en elle pour tenir tête au Procureur.
Et à Marseille...
En famille, dans nos communautés de quartier, de travail, quels signes, quels miracles faisons-nous pour effacer les dialogues de sourds, les non-dit, le repli sur soi?
samedi 28 janvier 2012
un sac de poivre
Vacances de Noël pour des enfants Bray-Dunois.
J'ai neuf ans... C'est la drôle de guerre. Les allemands, occupés en Pologne, n'attaquent pas la France, et celle-çi est incapable d'attaquer l'Allemagne. Beaucoup de soldats français occupent Bray-Dunes, et particulièrement la ferme de la Grande Mare, la plus septentrionale de France.
Les soldats du 4ème zouaves, qui l'occupent, désoeuvrés, fument beaucoup. Mais où trouver facilement et à moindre coût, tabac et cigarettes, si ce n'est à la frontière du Perroquet, en Belgique toute proche? Mais pas question pour un soldat de passer cette frontière pour gagner un pays neutre. Surtout pour frauder et rapporter des produits prohibés!
Aussi nous donnent-ils les quelques francs nécessaires à l'achat du tabac, leur viatique, sans oublier les centimes avec lesquels nous pourrons acheter bonbons et chocolats, notre récompense.
Nous partons deux par deux, la fronde au cou, mouffles en mains, visage caché par notre passe-montagne, via la drève (allée bordée d'arbres), pour rejoindre la voie ferrée allant de Dunkerque en Belgique. Et là, nous remplissons nos poches de galets en guise de munitions. Puis nous gagnons les chemins de dune qui rejoignent les maisons de pêcheurs; cachés par la voie ferrée qui les surplombe, nous tirons force grives litornes et autres sansonnets qui se gavent des baies d'arbousiers, à la billebaude.... Cet hiver 39 est particulièrement froid, et les oiseaux migrateurs que nous sifflons pour les dérouter, très nombreux.
Courses faites, munis d'un sac de poivre qui se vend en vrac, nous attendons d'autres équipes pour prendre le chemin de retour. Un retour qui se fait par groupe de huit ou dix enfants. Nous nous sentons ainsi moins vulnérables. Le coeur battant, la peur au ventre, nous empruntons des chemins différents traversant les arbousiers et autres baliveaux, nous sachant à l'abri des regards, prudents et aux aguets pour éviter nos ennemis, les douaniers et leurs chiens. Un jour, il nous est arrivé d'être poursuivis par ces chiens de douanier, mais une poignée de poivre les a fait fuir en hurlant, la queue entre les jambes!
Et, fiers comme Artaban, nous rentrons glorieux vers la soldatesque qui nous félicite de notre exploit.
samedi 17 décembre 2011
sus au père Noêl!
D'accord, nous avons besoin de rêve. A Noël, en voyant la lumière dans les yeux des enfants, c'est notre enfance qui nous revient. D'accord, Noël est l'occasion de gestes de générosité extraordinaires chez beaucoup, croyants ou pas. Tout cela est bel et bon, c'est même extrêmement tonique en ces temps de crise économique et de massacres syriens. Mais Noël, n'est-ce que ce bonhomme cramoisi? Son prénom italien, Natale, devrait nous ramener à une autre réalité, celle de la crèche: dies natalis, naissance, venue de Dieu chez les hommes: c'est quand même autre chose que le père Noël et ses niaiseries.
Posons-nous la question une fois: d'où viennent les Droits de l'Homme? Au fin du fin fond, d'où viennent-ils? Sinon de la dignité extrême de la personnes humaine, dignité reçue, donnée par Dieu se faisant l'un de nous. Qui a séjourné un tant soit peu en milieu animiste africain, s'aperçoit que le respect de la personne, ce n'est pas inné! Même chez nous, où l'on est obligé d'enseigner le respect aux jeunes. Cela nous vient de l'Incarnation, qui fait partie de notre culture quoiqu'on dise. Noël, c'est d'abord, ce n'est que la venue de Dieu parmi nous. Pas pour nous maintenir en enfance, mais pour nous diviniser, rien de moins.
Foin de grands mots. En ce mois de décembre, permettons-nous ce slogan assassin: tordons le cou au père Noël!
dimanche 27 novembre 2011
En relisant Luc 21/29-33...
Pour comprendre la parabole de l'intérieur, pensons aux révolutions arabes (mais oui!), aux "printemps arabes", là à côté de chez nous. Nous qui sommes bien carrés dans nos bonnes petites démocraties occidentales, nous avons peut-être perdu de vue l'immense espérance qui avait soulevé nos ancêtres en 1789 et 1848. C'est loin, peuchère! Nous nous passionnons - plus ou
moins - pour les futures élections, nous comparons les mérites respectifs d'Eva Joly et de Marine Le Pen. Pendant ce temps, chaque jour du Bon Dieu apporte son lot de morts, de blessés, d'enfermés, en Syrie et ailleurs.Des jeunes, des gens acceptent de donner leur vie pour que leur pays change, que la liberté vienne, que les droits des femmes soeint respectés, que les prédateurs et les corrompus soient châtiés. Et nous chrétiens, nous savons que ces gens qui luttent pour la liberté font, sans toujours le savoir, un pas vers le printemps du Royaume. Quoiqu'il arrive par la suite. Est-ce que nous sentons cela dans notre coeur?
En ces jours où se tiennent les Semaines Sociales de France, souvenons-nous que le thème en est :"La démocratie, une idée neuve?". Ces Semaines Sociales, elles aussi, sont un pas de plus vers le Royaume.