samedi 4 mai 2013

Hé Thomas!

On a de ces marottes... Depuis un moment, je me sens attiré par les hommes et les femmes de la Résurrection. Ceux et celles qui ont "fait" la Résurrection, dans le même sens que ceux qui ont "fait" le Mont Blanc. J'ai essayé de me mettre dans la peau de Pierre, j'ai contemplé Marie-Madeleine pleurant (elle pleurait comme une madeleine), j'ai surfé un peu plus vite sur St Jean, j'ai été emballé par les pèlerins d'Emmaüs... Mais c'est Thomas qui m'a retenu.

Pourquoi St Thomas? Parce que c'est mon chouchou. Comme le prof de maths au collège avait ses chouchous (ce n'était pas moi, évidemment). Mais j'aime bien St Thomas, parce qu'il me ressemble trop. Et puis Thomas, c'est un peu le monsieur-tout-le-monde de la foi.  
Il voulait des signes, il en a eu! Entre nous, les autres apôtres auraient bien voulu toucher les plaies du Christ. Mais pour Thomas, cela a été comme une illumination, un flash de certitude. Un moment in-descriptible, au sens propre... St Paul est tombé de son cheval sur le chemin de Damas, Thomas est aussi tombé de son cheval, mais au figuré! Il est tombé de sa suffisance: "Si je ne vois pas etc..." Le Christ l'a illuminé de l'intérieur, et il n'a pu que crier, ou murmurer on ne sait pas :"Mon Seigneur et mon Dieu!"

Je crois que beaucoup, pas tous, sont appelés à avoir la même illumination. Pensons à François d'Assise, Pascal, Claudel. Quelqu'un a dit, je ne sais plus qui :"Être chrétien, c'est vivre un bref instant d'illumination, et y rester fidèle toute sa vie." C'est ça! C'est tout à fait ça! Évidemment, le problème est de rester fidèle, ensuite.

Cette illumination peut arriver à tout âge. A 17 ans pourquoi pas? Mais j'ai connu un syndicaliste à Usinor-Dunkerque, qui avait eu le coup à 40 ans. Il était devenu militant ACO (Action Catholique Ouvrière), et quel militant!

L'essentiel est de chanter un instant, fût-il fugace, un petit air de Résurrection.

lundi 15 avril 2013

Souvenirs de guerre

Je ne résioste pas au plaisir de vous transmettre ce récit de Guy Deswarte, un grnad ami dunkerquois qui a grandi à la ferme de la Grande Mare, limitrophe de la frontiètrr belge. Ce récit rappellera aux dunkerquois de ma génération, quelques "heures fortes"!

Bray-Dunes le mercredi 6 septembre 1944

J'ai treize ans.
Depuis quelque temps, les allemands, troupe de soldats âgés, étaient aussi démoralisés que nous étions heureux du débarquement et de l'avance des troupes alliées. Les "fridolins" ont quitté la ferme de la Grande Mare hier, à notre grand soulagement. Pas d'école ce matin, donc heureux! Nous sommes tous excités et joyeux, et attendons avec impatience notre libération, d'un moment à l'autre.

Vers 17 heures, un Bray-Dunois arrive en courant nous annoncer que des canadiens sont arrivés sur Adinkerque et la Belgique, et se sont installés dans un blockhaus situé sur une dune belge, à 1 km de la ferme. Nous nous précipitons avec des jumelles et les voyons à découvert. Tout le monde saute de joie et nous nous voyons déjà libérés. Il faut très beau et nous restons palabrer sur le pas de la porte, discutant de cette guerre qui se termine par la victoire certaine des troupes alliées.

Le jour décline quand il nous semble, tout à coup, entendre un bruit de pas cadencés qui nous rappelle des souvenirs désagréables de bottes allemandes. Et c'est effectivement une compagnie de ces hommes, que nous n'attendions plus, qui s'avance dans la cour, devancée par un jeune officier au regard inquiétant. Il annonce à papa qu'il vient prendre tout le bétail, chevaux et vaches que ses hommes emmèneront! Par réflexe, mon père lui demande un bon de réquisition, qu'il n'a pas. Et devant son insistance, énervé, l'officier sort son révolver et le menace. Mon père lui demande alors de pouvoir au moins l'accompagner pour obtenir ce qu'il demande, et l'allemand accepte. Nous craignons pour la vie du papa, et attendons inquiets son retour.

Il les accompagne donc vers le village de Bray-Dunes, qu'ils traversent pour se retrouver dans une ferme amie, les Janssen, tout à l'ouest où les bêtes sont regroupées et mises en pâture. Attendant son bon de réquisition, parlant couramment l'allemenad du fait de sa période d'occcupation en Allemangne en 1920, papa entend des officiers discutant des ordres de résister coûte que coûte dans Dunkerque et d'en faire un camp retranché. Le bon en main, il prend la route du retour, retrouve les allemands, prévenus de son retour, cachés dans les haies, et les quelques pièces d'artillerie camouflées, dont il repère les emplacements.

Nous dormons mal et papa, devant le danger, a décidé d'éloigner sa famille. Loin du village, nous ne savons pas que les allemands ont décrété le couvre-feu. Il veut donc m'envoyer en éclaireur chez notre oncle, Jules Gallon, agriculteur aux Moeres belges, en passant à travers champs. En partant, nous sommes très étonnés de trouver une partie des terres légèrement inondées, et le spectacle de cette eau d'où émergent les pieux "rommel", posés par les allemands pour empêcher les planeurs d’atterrir, est surréaliste. Papa sait déjà que les allemands auront ouvert et bloqué les écluses de Nieuwport, et que l'eau de mer se sera écoulée à marée haute dans ces terres inondables par le canal de Furnes qui déborde.

Au départ, pas de problème, mais dès que nous avons quitté l'abri de la ferme, les allemands qui ont installé un canon sur la dune du Calvaire de Bray-Dunes, nous ont repérés, et nous entendons le bruit du tir d'une pièce d'artillerie. Un obus éclate dans l'eau, à 100 mètres de nous dans une gerbe d'eau. Des éclats sifflent et nous pressons le pas. Aux tirs suivants, nous nous cachons derrière le pieux le plus proche. Papa, toujours très calme, chante à tue-tête piour nous rassurer.

Arrivés au canal de Furnes que je suis censé traverser sur un bac, nous le trouvons coulé... Papa me dit alors de traverser à la nage, ce que je fais, vêtements sur la tête. Arrivé au milieu, j'entends un nouveau tir, oublie mes vêtements et nage en vitesse, la trouille au ventre, pour me mettre hors de portée en conterbas, à l'abri. Je me rhabille, trempé et me mets à courir, haletant et en larmes, pour rejoindre la ferme St Thomas. J'entends encore quelques tirs et pense à papa, poursuivi, et à ma famille. Toutes les routes des Moeres sont plus élevées que les terres, donc sèches. Mais les terres sont légèrement inondées. C'est bien la preuve que les allemands résisteront dans Dunkerque. J'arrive à bon port pour annoncer l'arrivée de la famille.

Les canadiens attaquent le lendemain, et prévenus du lieu où se trouvent les canons et les nids de résistance, traverseront rapidement le village. Mais ils seront arrêtés au-delà de la route de Ghyvelde à Bray-Dunes, qui restera le no man's land pendant toute la durée du siège de Dunkerque....

Jour après jour, l'eau salée rentre dans les terres et envahit les Moeres. Les 4 écluses ont été ouvertes par les allemands. C'est le meilleur moyen de défense pour les enfermés de Dunkerque, comme en 1914. L'eau monte encore et la cour de la ferme, pourtant plus haute, et petit à petit noyée. Nous entendons le canon de temps en temps, voyons les explosions, et s'abattre une à une les cheminées de l'usine des Dunes. Là où nous sommes, nous ne risquons rien de cette guerre si proche, au milieu de cette mer qui se forme. Un jour pourtant, le vent du N.O. monte, et les vagues se forment, butent contre les bâtiments, passent au-dessus du mur du jardin en vagues énormes. Tiendront-ils longtemps?

Des nouvelles nous viennent par un commerçant blege de la frontière qui a pu encore nous rejoindre, chaussé de bottes. L'eau monte toujours. Pour accéder à l'habitation, il y a un escalier double à 2m de hauteur. Tous les autres bâtiments sont inondés. Pour aller chercher les oeufs et nourrir les quatre chevaux, j'uilise un madrier pour me déplacer avec un morceau de gouttière en guise de rame. Cela ne gêne pas un gamin intrépide de treize ans, qui ne voit guère le danger.

Mais il faut fuir et mon oncle prépare les chariots qui nous emporteront. Un mètre d'eau recouvre les routes qui doivent nous conduite à Burlskamp et Hondscoote. Les chevaux ont de l'eau jusqu'au poitrail, et pour les diriger, seuls émergent les arbres du bord de la route. Nous arrivons à destination, "sauvés des eaux"!

Comme vous le savez, le siège de Dunkerque durera 9 mois...


jeudi 7 mars 2013

Infra-optimisme et méta-pessimisme

Voilà deux mots qui ne veulent strictement rien dire, mais qui m'enchantent. Car ils reflètent parfaitement mes états d'âme face à ce pape qu'on va élire. Je ne suis ni optimiste ni pessimiste, j'ai envie d'être indifférent... Une sorte de blues. Non pas que le sujet ne me concerne pas, mais au vrai, je n'attends pas grand'chose de cette élection. Un pape conservateur en sortira, à moins que l'Esprit saint ne nous réserve une de ses blagues favorites.

Alors que... "Alors que" n'est pas très français, mais je ne suis pas regardant quand ma bile déborde. Car enfin, il y a à Rome une Curie qui est en passe de devenir la risée du monde entier. Une assemblée de vieillards cacochymes qui n'a qu'un horizon: que rien ne change dans l’Église... Je ne fais pas dans la nuance, il faudrait y voir de plus près. Ils ne sont pas tous cacochymes, ni tous imbus de leur romanité. Mais en gros, il faut dénoncer un pouvoir abusif qui s'abrite derrière une papolâtrie d'un autre âge.

Le Concile avait révélé la force, la pertinence des conférences épiscopales, leur sens pastoral, leur ouverture au monde. Mais dès que chacun fut rentré dans son diocèse, les rats regagnèrent le navire romain, et voilà!

Optimiste? Pessimiste? Il faut en tout état de cause appuyer sur l’extrême urgence d'une décentralisation de l’Église, d'une mise à la raison de la Curie - et de façon permanente - par les conférences épiscopales. On nous dit que le Pape est garant de l'unité, mais pour le moment c'est l'unité de Rome avec Rome. Que fera le nouveau pape?

lundi 28 janvier 2013

inquiétudes

Je suis inquiet. Nous sommes inquiets; tout le monde est inquiet.
Inquiet: un mot qui veut dire: pas-tranquille. Tout le monde n'est pas tranquille, à part les marmottes et les ours;  et encore, seulement quand ils hibernent.

Il y a de petites inquiétudes, par exemple, quand je vois que je suis le seul à ne pas prendre de comprimés parmi mes commensaux, je me demande... Bon, ce n'est pas grave.

Il y a des inquiétudes moyennes, par exemple l'avenir de l’Église. C'est un peu plus grave.

Et il y a des grosses inquiétudes, car elles courent le monde, disparaissent ici, renaissent là, toujours menaçantes. Entre autres, le terrorisme "religieux". On a bien fait, très bien fait, d'intervenir au Mali; ce n'est pas une emplâtre sur une jambe de bois, c'est un coup d'arrêt très sérieux porté au fanatisme, avertissement pour les uns, encouragement pour le reste du monde.
Mais je suis tout à fait d'accord avec Mr Hosni Abidi qui, dans une récente émission de C dans l'air, affirmait: " Tant qu'on n'aura pas agi sur les racines de l'islamisme, on aura toujours du terrorisme. Or, ces racines sont en Arabie Saoudite et au Qatar, dans le wahhabisme et le salafisme.*
Ainsi, disons-le: les aladji camerounais ou nigérians (pèlerins revenant de la Mecque), qui envoient leurs fils étudier en Arabie Saoudite, sont directement responsables de la montée du fondamentalisme dans les mosquées de Maroua et de Maïduguri. Même s'ils s'en lamentant.

Comment agir pour que ce choléra cesse de se répandre, aidé par quelques pétrodollars? Cela, c'est une autre affaire; pour le moment, on constate que les pays occidentaux, en particulier la France, font de très bonnes affaires bien juteuses là-bas.

Inquiétudes, petites ou grandes, mais espérance quand même. Or ça, partageons la dernière phrase du beau Credo de Dom Helder Camara :"J'ose croire au rêve de Dieu même: un ciel nouveau, une terre nouvelle où la justice habitera."

mardi 1 janvier 2013

Tel un aigle...

Oui, tel un aigle planant sur la garrigue, je plane au-dessus du monde en le contemplant d'un œil perçant et perspicace....
Pas mal comme introduction. On dirait du Victor Hugo. En fait, c'est un tout petit survol de ce qui se passe et qui m'étonne, ou m'amuse suivant le moment.
Le mariage gay par exemple. Je n'entre pas dans le débat, je plane. Il y a des gens qui réfléchissent, des deux côtés, et qui ont des arguments pesés, motivés, valables. Des deux côtés. Et puis il y a les médias, parfois bons, parfois experts en débats pipés. Alors là, ce ne sont plus des arguments échangés courtoisement. Non, on "joue le bonhomme" et - honteusement - on flatte l'inconscient collectif. Dès lors, il suffit qu'un catholique ouvre la bouche, même sans dire qu'il est contre, et on l'envoie sans délai dans l'enfer des attardés, des ringards; pour tout dire, des ennemis du Progrès. Alors tout est dit. Comme l'écrit Jean-Claude Guillebaud dans La force de conviction, en étant contre, on commet un sacrilège contre la religion Progrès! Qu'avons-nous  besoin d'autres avis pour condamner sans plus d'examen ce pendard?

Le commerce aussi, fin renard, connaît bien son monde. Pour faire vendre, on n'écrit pas sur le paquet de lames de rasoir "Mieux", car cela sentirait la concurrence déloyale, mais on inscrit "Nouveau", et cela suffit. La religion Progrès comptera une foule de glabres fidèles en plus.

Est-ce un mauvais procès que je fais là? Je n'en sais rien, je plane...

mercredi 5 décembre 2012

Liberté chérie!

Quand on lit Jean 10/9, on constate que Jésus dit :"Je suis la porte. Celui qui entrera par moi sera sauvé; il pourra entrer et sortir..." Si je lis bien, il ne s'agit pas d'enfermer les fameuses brebis dans un enclos, fût-il bien sympa et bien chaud, peuplé de croyants souriants et épanouis comme dans les brochures des Témoins de Jéhovah. Si Jésus veut rassembler ses "brebis", c'est pour les appeler à la liberté! Avant le 14 juillet, reconnaissons-le: la première manif pour la liberté, ce fut bien celle d'Adam et Eve au Paradis. Ce qui me fait dire, avec les chrétiens d'Amérique Latine, que le premier révolutionnaire, c'est Dieu.

Trop longtemps, l'Eglise a été hésitante sur ce chemin de la liberté. Il suffit d'un rapide survol pour s'en convaincre. Dans les premiers siècles, au temps des martyrs, il y eut l'affaire des lapsi, ces chrétiens qui avaient sacrifié aux idoles par peur des persécutions, et qui voulaient revenir. Pouvait-on les réintégrer, ou fallait-il leur claquer la porte de l'Eglise au nez? Heureusement, le pardon l'emporta. Or le pardon libère, du côté du pardonné comme de l'autre.

Ensuite, il y eut la conversion des "barbares". De très bons et très grands missionnaires se levèrent: St Boniface,  St Colomban, St Martin.... Mais déjà, on oublia pas mal la liberté, il y eut des conversions musclées en masse, et l'on poussa les brebis dans l'enclos, tels les saxons. Où était Dieu là-dedans?
Il y eut l'Inquisition et ses procès staliniens. Pourtant, parmi les inquisiteurs, s'il y eut des satrapes, on trouva aussi des miséricordieux, surtout chez les franciscains... Ainsi continuèrent à se cotoyer coercition et liberté jusqu'aux temps modernes. Des saints comme Philippe Néri, le curé d'Ars, St Eugène de Mazenod eurent la difficile mission de gérer le problème. Mais peu à peu, s'imposa à l'Eglise, peut-être sous l'influence des révolutions et autres "printemps", la conviction qu'il n'y a pas de chrétien sans liberté et sans décision personnelle. Ce courant a toujours existé, de St Ambroise à Ignace de Loyola, mais il occupa une place centrale au Concile Vatican 2. Là, on parla moins de brebis perdues que de brebis différentes... Des tas de brebis qui n'entreront jamais dans l'enclos, mais que Dieu aime. Sans être ovinologue (c'est comme ça qu'on dit?), je suppose qu'il y a une infinie diversité de moutons sous le soleil de Dieu!

Et surtout, on mit en avant l'adhésion libre à l'Evangile. Hélas dans l'inconscient collectif de notre pays, combien continuent à voir l'Eglise comme une entreprise de contrainte! Or nos contemporains ont horreur de tout ce qui ressemble à de la manipulation mentale, même s'ils s'y laissent prendre trop souvent. Avons-nous compris le message, nous autres gens de la nouvelle évangélisation?

L'autre jour, j'ai été saisi par le sourire des gens après une réunion. Nous avions partagé sur la foi de chacun: depuis quand ta foi est-elle devenue personnelle? Quels sont tes doutes? etc. Réflexion d'un participant :"On nous parle beaucoup de la foi, la foi, la foi. Mais il est rare qu'on nous permette de parler nous-mêmes sur notre foi." Cela a fait tilt dans ma tête. Un Evangile de liberté...

dimanche 21 octobre 2012

Des hommes-catastrophe

Décidément, le monde va mal. L'autre jour sur RCF, un évêque évoquait ce malheureux monde dans les ténèbres, que la Nouvelle Evangélisation, ayant les faveurs d'un synode actuellement, sauvera à coup (presque) sûr.

Il y a des gens qui mangent "le monde" à tous les repas: au hors-d'œuvre, l'hédonisme; le plat de résistance, ce sera le relativisme. Et au désert, l'indifférentisme. La cata à tous les étages! Je pense parfois à ces films américains: plus les flammes sont hautes, plus les explosions terrifiantes, et plus le héros sera héroïque. Ainsi l'Eglise qui flotte sur les flots déchaînés de l'incroyance, supplie Jésus de calmer la tempête, une fois de plus.

Trêve d'ironie. Mais je m'étonne quand même: des chrétiens n'ont que le Concile Vatican 2 à la bouche, mais on a parfois l'impression que c'est pour mieux l'enterrer! Le Concile nous a habitués à voir "le monde" sous un œil plus positif, il nous a rappelé que l'Esprit-Saint travaille même hors de l'Eglise.

Merci à Jérôme Vignon qui, dans la lettre des Semaines Sociales d'octobre, conteste certaines affirmations des Linéamenta, premier des documents préparant l'actuel Synode sur la Nouvelle Évangélisation. "Un document qui, à côté d'analyses très fines, a des affirmations excessivement pessimistes sur l'état du monde et de la société"... Jérôme prend ainsi le relais du cardinal Frings qui, au Concile, s'opposait de front au cardinal Ottaviani dénonçant le "poison de la modernité".... Au lieu de laisser les hommes-catastrophe sonner le tocsin, ne vaut-il pas mieux faire appel à notre expérience missionnaire, nous qui, à la suite du Concile, avons trouvé tant de richesses, d'amour, de questions cachées aussi, dans "le monde de ce temps."

Je ne nie pas que l'Eglise ait un rôle de veilleur en dénonçant les tares de la société. Mais d'abord, aujourd'hui les gens n'aiment pas qu'on se frappe la poitrine sur celle des autres. Ils préfèrent les témoins. Ensuite, à quoi cela sert-il de jouer les Cassandre si, à l'instar de Cassandre, on n'est pas ou peu écouté? Mieux vaut se demander pourquoi la société civile nous écoute si peu? On comprendra alors qu'aujourd'hui, les gens n'écoutent pas ceux qui prétendent être au-dessus ou à l'extérieur de leur monde. Si Vatican 2 a eu un tel retentissement, n'est-ce pas pour deux raisons: l'Eglise a eu d'abord un regard positif sur le monde; ensuite elle s'est située à l'intérieur et dans le monde, et non au-dessus et à côté.

J'aime bien la démarche de l'archevêque du diocèse d'Aix-et-Arles, Christophe Dufour, parlant dans sa lettre pastorale d'octobre 2012. Ayant visité sa région, il admire d'abord la lumière de Provence et les raisons d'espérer. Ensuite, il relève les souffrances dues aux inquiétudes pour l'avenir de la région. Dans son discours, nulle trace de reproche, nulle dénonciation, seulement une grande compassion, après une belle sympathie.

Et je me souviens que Madeleine Delbrel disait, un peu dans le style de Péguy :" La foi est une passante: aucun temps ne lui est réfractaire, elle n'est réfractaire à aucun temps, elle est faite pour le temps, elle est destinée à chaque temps, et quand un temps lui semble être réfractaire,c'est à nous qu'il est sans doute réfractaire, parce que nous drainons avec nous le résidu d'un autre temps..." (Nous autres gens des rues)

Ils sont heureux les gens de bien!