mardi 18 juillet 2023

4. Liberté de conscience

 

            Voici un axiome bien plus ancien que la Déclaration des Droits de l’Homme : chacun est responsable de ses actes. Responsable de ses actes… Et d’abord : responsable devant sa conscience… Mais si l’on veut empêcher un homme de faire ce que lui dicte sa conscience, on risque d’en faire un esclave, un ilote.

            C’est un débat très ancien, et aussi très moderne ! Il suffit de voir les efforts des dictateurs de tout poil pour empêcher les gens de dire ce qu’ils pensent, comme en Chine ou en Biélorussie,  pour s’en convaincre. Autrefois en France, il ne faisait pas bon être juif ou protestant. Aujourd’hui, il y a des moyens plus propres, mais plus pervers, d’attenter à la liberté de conscience : les « fake news » par exemple, ces mensonges d’Etat devenus un instrument politique. En costume-cravate ou en djellaba, on peut être expert en manipulation des consciences. J’irai jusqu’à dire qu’un kamikaze peut, par devoir de conscience, se faire exploser sur un marché. Ce n’est pas lui le coupable, ce sont les salopards qui l’ont manipulé ! Comme on dit, il faut « chercher les commanditaires ».


            Mais au fond, au fin fond, si l’on peut toujours empêcher de parler, on ne peut atteindre la liberté de penser. Et c’est la grandeur de l’homme. J’ai déjà cité Hetty Hillesum au camp de concentration, je pense aussi à la belle chanson de Florian Pagny : « Vous n’aurez pas ma liberté de penser. » Et je suis persuadé que là où la liberté de conscience est bafouée, cela finira un jour par péter à la figure des dictateurs et autres satrapes, et très violemment encore ! Dès qu’un peuple a goûté à la liberté, aucune répression ne peut lui faire oublier cela… Je me mets dans la peau des femmes iraniennes que l’on veut enfermer encore après leur révolte devant le voile.

            Il s’agit pour les éducateurs de former la conscience des jeunes. Je dis bien : former. Il ne s’agit pas de formater, mais de former. Les Jeunesses Hitlériennes, c’était du formatage ; le scoutisme, c’est de la formation. Préparer des jeunes capables de changer la société, telle que la rêvaient ces six humanitaires assassinés au Niger. Des jeunes lucides, qui osent parler, et qu’on laisse parler !

            Je crois que nos démocraties, s’inspirant de l’Evangile même sans le dire, ont un trésor de liberté à apporter au monde. Il s’agit de construire au niveau mondial, une société où ma liberté rencontre celle de mon voisin. On peut rêver, et pourtant on n’est pas loin d’une société d’amour.

            Dans sa déclaration sur la liberté religieuse au n°8, le Concile Vatican 2 déclarait : «  [Il s’agit] de former des hommes qui portent sur les choses un jugement personnel, agissent en esprit de responsabilité, et aspirent à ce qui est vrai et juste, en collaborant avec d’autres. »…

            Voltaire et Diderot avaient-ils dit mieux ?

samedi 1 avril 2023

3. Ma mission : libérer les hommes.

 


On se trompe souvent sur la Mission. Combien de fois, rentré en France, ai-je entendu : « Combien as-tu fait d’adeptes là-bas ? » Misère ! Comme si la mission consistait à recruter des troupes catholiques pour lutter contre l’islam, le paganisme et le diable !!! J’avais envie de répondre : « Cher ami, tu es à côté de la plaque ! Tu sais, sur le plan des statistiques, je ne suis pas très rentable !». »

            La Mission, c’est annoncer l’Evangile. D’accord, mais comment annoncer l’Evangile à quelqu’un qui est par terre, qui a peur, qui n’est plus maître de sa vie? Jésus a guéri le paralytique, mais il lui a dit aussi : « Lève-toi ! »… D’expérience, je sais que le premier geste de la Mission, c’est d’aider les pauvres à se lever.

            Je ne parle pas seulement de ceux qui ont les poches perpétuellement trouées. Il y a aussi, et surtout, ceux que la peur tient courbés, tremblants, cherchant toujours à faire plaisir aux grands. Ah ! La peur dans les yeux ! Ceux-là, il faut les aider à devenir des hommes libres, fiers, droits dans leurs bottes. Les aider tous, croyants ou pas, jeunes ou moins jeunes. Car seuls des hommes libres sont capables d’entendre le message d’amour de l’Evangile.

            En cela, la Mission telle que je l’ai connue, se rapproche de la fameuse « théologie de la libération » d’Amérique Latine. J’ai rencontré maints prêtres de retour du Brésil. De vraies rencontres, où tout naturellement nous étions de plain-pied les uns avec les autres. Pour le Nord-Cameroun, j’affirme que la libération des pauvres a été le ciment de notre pastorale. Une pastorale boostée, encouragée par notre évêque… J’affirme que la Mission, ici comme ailleurs en Europe, sans son message de libération des humiliés, des sans-papiers, des réfugiés, ne serait que du racolage.           

            Bon et après,  une fois que l’homme s’est mis debout ? Après, c’est le secret de Dieu. En tous cas, est-ce pensable de dire à un malien, à un érythréen : « Après ce qu’on a fait pour toi, j’espère que tu te feras catholique ??? » Pour guérir le fils du centurion, Jésus n’a pas demandé sa carte d’identité au papa ! Il n’a vu qu’un homme écrasé par le chagrin. Notre évêque avait l’habitude de dire à propos des « dispensaires de la mission » : « Il n’y a pas de piqûre catholique. »

            Pour finir, rappelons la parabole du semeur. Prêcher l’Evangile à un homme qui n’est pas libre, c’est comme si tu semais le grain dans les cailloux Avant de semer, prépare la terre, fais-la respirer ! J’aime bien ce que dit Xavier de Maupeou, évêque au Brésil : « J’ai écrit un texte contre l’avortement, en demandant pourquoi  ils ne luttaient pas contre l’avortement qui vient de la faim, des mauvais traitements ? » Et Zundel : « Le problème, c’est de savoir si nous pouvons devenir des hommes. »

mardi 3 janvier 2023

Un malentendu tragique.

 en ce début d'année, nous continuons notre réflexion sur la liberté. Bonne année!


 

            Regardons l’Evangile. En Jean 8/31-34, Jésus indique nettement qu’il vient libérer les hommes de l’esclavage du péché. Ses interlocuteurs, des juifs, ne comprennent pas. D’où leur cri du cœur : « Jamais nous n’avons été esclaves de personne ! » Ils n’ont pas compris…  Et comment auraient-ils pu comprendre ? La seule libération qu’ils attendaient était politique : se libérer de l’occupant romain. Allez dire à un résistant du Vercors en 1944 : « Jésus vient te libérer du péché. » Je crois qu’il vous aurait regardé de travers !  

            Et pourtant, Jésus a bel et bien fait des signes de libération. Des signes qui, comme de vrais signes, invitent à aller plus loin que ce que l’on voit. Jésus n’arrête pas de guérir les gens, des paralysés, des sourds, mais c’est toujours pour montrer qu’au-delà de la pitié pour les malades – pitié bien réelle  - il veut les guérir du mal intérieur, du péché, du véritable esclavage qui maintient l’homme aveugle et paralysé sur le chemin de Dieu,  sourd et bouché aux appels de Dieu.

            En guérissant les gens à ras de terre, rejetés comme les lépreux, condamnés comme la femme adultère, Jésus fait un vrai travail de libération. Mais alors, un malentendu tragique s’installe… A l’instar des 10 lépreux dont un seul vient remercier Jésus, ce qui intéresse les gens, c’est de guérir un point c’est tout. Le péché quand ? Le péché où ? Ils n’en n’ont rien à faire ! D’où cette énorme frustration qui monte à partir du milieu de l’Evangile, frustration qui mènera  aux hurlements du « Crucifie-le ! », et à la déception des pèlerins d’Emmaüs.

            Sommes-nous plus malins aujourd’hui ? Qui parmi nous a vraiment envie de se sortir du péché ?  Allez demander à ceux qui veulent faire baptiser leur petit : « Pourquoi voulez-vous le baptiser ? » Le plus souvent on vous répondra : « C’est pour qu’il soit protégé. » Protégé de quoi ? De qui ? Du mauvais œil peut-être ? Mais du péché ???

            Bon, c’est toujours facile de se frapper la poitrine sur celle des autres. Mais le problème est bien un problème personnel, intérieur, fondamental : de quoi moi, chrétien, ai-je besoin de me libérer ? Qu’est-ce qui me rend aveugle, paralysé ? Ce n’est déjà pas facile de se protéger du Covid 19, mais ne suis-je pas malade aussi de l’intérieur, comme bien des poires à l’étalage, belles au-dehors mais gâtées à cœur ?...

            Chacun est appelé à faire la lumière sur soi-même. Car, comme dit Jésus à Nicodème : « Il faut naître de nouveau. » Et Jacques Dherbomez de commenter : « Nous avons à naître comme enfants de Dieu. Comme la lumière est au départ de la Création, la lumière de Pâques annonce une nouvelle Création. »  

 

dimanche 20 novembre 2022

A quelque chose malheur est bon

 

             Oui, les scandales qui secouent l’Eglise ont ceci de bon : tout le monde se dit : « Alors, qu’est-ce qu’on fait ? » Ou bien on quitte le bateau avant qu’il ne coule, ou bien on appelle à  une réforme en profondeur.   

            Cette réforme est plus ou moins entre les mains de nous tous, mais elle ne nous lance pas dans les nuages. Tout le monde sait que l’Eglise est une chose sainte, mais qu’elle est entre les mains d’hommes pécheurs, avec lesquels l’Esprit Saint a fort à faire. C’est come ça depuis St Pierre ! Donc, la seule attitude vraiment responsable est de faire avec, en travaillant pour que ça change,  pour que l’Eglise soit moins boiteuse. On va y travailler bravement, dans la clarté.

            Un constat : ces histoires de mœurs contribuent à faire descendre le prêtre – et l’évêque – de leur piédestal, de leur sacré. Cela leur fera le plus grand bien de rejoindre le peloton de ceux eu celles qui peinent dans la plaine, avec leurs problèmes d’argent, de famille… et avec leurs défauts !   A quoi cela sert-il de se crisper sur l’identité du prêtre ? Les chutes n’en seront plus que retentissantes !

            Voilà en négatif une première réflexion. Une autre, plus positive peut-être, serait de prendre à bras le corps le problème du statut du prêtre. D’abord, la formation des jeunes. Il semble que bien des séminaires (pas tous) contribuent à former des êtres à part, aseptisés, sacrés. Souhaitons fortement que les jeunes prêtres ne soient pas seulement sympas et sportifs, mais qu’ils soient aussi ouverts et audacieux, moins liturges et plus inventifs, moins hommes d’appareil et plus autonomes, prêts à retrouver les intuitions du Concile Vatican 2 sur l’Eglise servante et pauvre.

            Autre chose. Il faudra bien poser,  et on le souhaite au plus haut niveau, encore et toujours, la question que tant de chrétiens se posent : celle du célibat du prêtre et celle de l’ordination des femmes comme diaconesses ou prêtres.   Sortir de la mentalité « coutume immémoriale » pour penser l’Eglise du 21èmesiècle. Bien sûr cela ne résoudra pas tout, et il y aura encore d’autres scandales, il y en a eu depuis le début de l’Eglise. Mais un jour ou l’autre il faudra faire sauter les verrous qui, à la longue, finissent par devenir d’une bêtise inconcevable. L’Eglise n’est pas « du monde » disons-nous ? Mais, entre autres, pourquoi ne regarde-t-elle pas un peu plus la place des femmes dans le monde d’aujourd’hui, en politique, dans les affaires, voire dans les autres confessions chrétiennes ??? Sur ce chapitre, « le monde » aurait bien des choses à apprendre à l’Eglise, ne lui en déplaise !

            Des voix de plus en plus nombreuses se joignent à ceux qui crient « Faut que ça change ! »... Ce que je dis là n’est pas bien construit, n’est pas bien pensé. Mais ce ne veut être qu’un cri ; dans certaines circonstances, un cri vaut mieux que mille discours. Quand la maison brûle, on ne va pas s’asseoir pour discuter pourquoi et comment le feu a démarré.

            Si d’autres pensent comme moi, on ne sera jamais de trop pour enfoncer ensemble le même clou !

jeudi 17 novembre 2022

1. Il y a des mots précieux.

 Nous commencons aujourd'hui ,une nouvelle série de réflexions sur "la liberté". Réflexions que vous pouvez retrouver dans un petit livre récent que je viens de publier :"Les choses de la vie" (me le demander). Toujours dans l'idée que les plus petites choses de notre vie, ont toutes un parfum d'éternité.


            Il y a des mots précieux, qui disent les trésors que nous portons. Parmi ces mots, il y en a un si fort, si beau, si vrai, que nous ne nous lassons pas d’en parler : la liberté.

            Quand on parle de liberté à un français, il pense tout de suite : Révolution, Libération. Ce sont des mots qui nous font vivre encore aujourd’hui… Mais on a un peu tendance à mettre la liberté à toutes les sauces !!! En mai 68, on entendait : « Il est interdit d’interdire ! » C’est un peu bébête, car en clair cela veut dire que chacun est libre de faire ce qu’il veut. C’est très bien, mais alors toute vie en société devient impossible, car – rappelons-le – ma liberté s’arrête là où commence celle des autres.

            Disons-le crûment : pour parler bien de la liberté, il faut en avoir été privé. Privé pas pour huit jours, mais pour des tranches de vie que l’on ne retrouvera plus : dix ans et plus. Quand on lit « L’archipel du goulag » de Soljenitsyne, on comprend ce que peut être une vie d’esclave. Nous autres occidentaux, nous ne savons plus ce que signifie être enfermés, la peur au ventre, être torturés sur fond de désespoir, des années durant.  Des gens arrachés à leur maison, comme ça, sans motif clair, et condamnés à 10 ans, 15 ans. Quand ils en sortaient, on les rejugeait, et va pour 10 ans de plus…  J’étais à Prague en 1987 ; juste avant la « Révolution de velours ». Passant devant une caserne russe, j’ai ramassé un petit pavé et, héroïquement,  j’ai écrit dessus « svoboda », liberté… Je n’ai eu droit qu’au sourire bonasse de la sentinelle. Mais les tchèques, à voix basse,  parlaient de la France comme d’une sorte de paradis, et le Printemps de Prague comme d’une espérance perdue. Le phare des jeunes, c’était Taizé.

            Nous allons essayer de creuser encore ce que veut dire liberté. Car cela va profond, plus profond qu’une devise sur le fronton d’une mairie. Si la liberté nous tient tellement à cœur, c’est qu’elle atteint le cœur de notre vie, l’intérieur de chacun. Cela va plus loin que les pavés de mai 68 ! Au vrai, c’est notre dignité d’homme qui est en jeu. Aucun enfant de Dieu ne peut vivre sans liberté. Une personne qui, telle Angéla Merkel, a vécu 30 ans dans un pays privé de liberté, sait d’expérience que la liberté est un trésor. D’où ses réactions face à la Chine, aux populismes.

            Sans aller si loin,  disons qu’aujourd’hui encore, on peut devenir esclave – en langage moderne : accro à la société de consommation !  La boulimie peut devenir un fer aux pieds,  et l’argent facile.

            Une image qui  ne cesse de m’habiter : les chevaux de Camargue. Tous ces Crins Blancs, crinière au vent, galopant dans le petit matin, à la fois puissants et légers : une merveille ! Ils ne sont attachés à rien, ne doivent rien à personne. On dirait qu’ils sont là pour faire vivre le paysage. Ces chevaux sont pour moi un symbole de liberté. Si aujourd’hui nous redécouvrons la vie sauvage, n’est-ce pas aussi un rêve de liberté que nous poursuivons ?


samedi 8 octobre 2022

Plaidoyer

 

             Je reviens d’une exposition des œuvres de Branksi à la cité des Arts de rue, de Marseille. On y fait bonne place à l’imagination et à l’inédit, au gentiment farfelu. Le tout sur fond d’humour, un humour fort contestataire. Cela ne manque pas de plaire à nous français, à nos tripes voltairiennes et toujours un peu soixante-huitardes.

            J’ai découvert avec bonheur que les artistes anglais ne sont pas en reste dans la contestation. Ils vont jusqu’à donner une face de chimpanzé à la Queen, à emmener la Joconde dans un caddy, d’équiper ladite Joconde d’un bazooka. C’est sympa !.. Une des œuvres-phare de l'exposition est un black-block, casquette à l’envers et cagoule de rigueur ; mais là nous touchons à la poésie, car au lieu d’un pavé, le garçon s’apprête à lancer … un bouquet de fleurs.

            On fait les yeux ronds, on rit, on entre dans le jeu… Une seule chose me chiffonne, c’est le sort que l’artiste fait à la police, souvent représentée sous un jour assez méchant. Les policiers sont bien sûr dramatiquement bardés de cuir et de boucliers, menaçants, ressemblant davantage aux milices iraniennes  qu’aux braves bobbies londoniens .

            Je trouve que caricaturer la police est un sport facile. On est sûr des applaudissements des casseurs et autres dealers qui rêvent d’un monde où les flics resteraient assis à prendre des photos alors qu’on casse les vitrines…  On éveille ainsi le soupçon du brave citoyen, toujours prêt à se mettre du côté du plus faible.

            Il est facile de contester la police mais dites-moi : si vous étiez dans une manif, préféreriez-vous avoir affaire à la milice privée Wagner ou aux gros-bras du Burkina-Faso ou de la RCA ? Pas à dire, je me prends à admirer le calme et la retenue de la plupart des agents, et surtout leur sens du service. Pour tout dire, ils m’aident à comprendre ce que veut dire « service public ».     Foin de la contestation facile, analysons bien ce que veut dire « forces de l’ordre » ; alors peut-être, peut-être serons-nous un peu plus indulgents et objectifs.

lundi 3 octobre 2022

Colère

 

             Colère, c’est un mot à la mode ! Si une manif ne montre pas de colère, ce n’est pas une vraie !

            Je ne veux pas entrer dans cette banalité, pourtant je me sens vraiment en  colère après cette émission sur les tableaux célèbres  (Arte, dimanche 2/10 à 17h45). Alors là : colère et scandale, enfer et putréfaction, tout ce que vous voudrez !

            Que l’on parle d’expertise de tableaux avec toute une panoplie d’appareils et de doctes spécialistes, passe encore ; mais qu’ensuite on nous raconte les mésaventures d’un commissaire priseur qui trouve qu’un tableau à 85 millions de dollars, ce n’est pas cher vendu, on va où là ? On se moque de qui ?

            Il est fort possible que l’acheteur éventuel soit un mécène et qu’il vole au secours des petits somaliens qui ont faim. Ce qui reste à prouver d’ailleurs. Mais le scandale n’est pas là. Il est dans le fait qu’on s’empare du sujet pour en faire une émission télévisée, qu’on étale ces sommes faramineuses à l’instar du cachet des grands joueurs de foot, alors que des gens risquent leur peau pour apporter de quoi manger aux enfants du Yémen ou du Burkina-Faso… Voilà la colère : on révèle complaisamment des sommes stratosphériques au nez et à la barbe des pauvres, et ça pour un petit tableau qui a de fortes chances d’aller dormir dans un coffre-fort à cause de sa valeur.

        Depuis 50 ans, le monde a fait de vraiment grands progrès dans l’aide aux pauvres de la planète. Qu’une famine   pointe son nez terrible dans un coin de l’hémisphère sud, et tout en mouvement de solidarité se dessine ; que des migrants se noient en Méditerranée et c’est l’émotion générale. Alors, s’il vous plaît, regardons en aval et faisons campagne, soit pour cacher le prix des tableaux (ce qui est assez hypocrite !), soit pour « rendre » aux pauvres – je dis bien « rendre » - l’argent de la vente.

            Croyants ou pas, nous pouvons faire écho à ce sacré vieux Job sur son fumier :

«
 La Sagesse où la trouver ? On ne peut l’échanger contre de l’or massif. »

                                                                                              Job 28/12