On en parle! Récemment sur RCF (Radios chrétiennes en France), le père de Kérimel, évêque de Grenoble, évoquait très justement les raisons sociales, surtout familiales, militant en faveur du repos dominical: laisser du temps à la famille pour se retrouver, se parler, c'est indispensable. Disons-le: ce discours nous réconforte, après les affligeantes déclarations de l'évêque de Belley-Ars sur la même RCF. Ce dernier citait le Curé d'Ars proclamant en chaire :"Une des meilleures façons de rester pauvre, c'est de travailler le dimanche!"... Que le saint Curé se plût à titiller la fibre superstitieuse de ses ouailles, c'est son affaire. Mais quand même, nous n'en sommes plus là!
C'est vrai, la vie de famille prime sur l'économique. Oui mais... ça se complique! Si d'aventure, quittant Marseille vous prenez l'autoroute vers Aix-en-Provence le dimanche matin, vous risquez fort de tomber sur un bouchon jusqu'à Plan de Campagne, cette Zone commerciale immense qui fit la une des journaux récemment: ce sont les marseillais qui viennent passer leur dimanche à musarder dans la Zone. Et ils y vont le plus souvent en famille.
Réflexion: la Zone commerciale tient pour bien des familles de 2009, le rôle que tenait la Messe du dimanche autrefois: un rôle de rassemblement familial.
Pour des gens qui ne pratiquent plus, l'alternative est simple: ou bien rester dans l'appartement à s'ennuyer après être restés au lit jusqu'à 11h voire jusqu'à midi, en laissant les enfants trainer en bas, ou bien sortir ensemble, ne fût-ce que pour faire du lèche-vitrine en famille dans la Zone commerciale voisine. Et voilà l'intérêt économique des commercants rejoignant curieusement la vie de famille des consommateurs.
Non, décidément, la vie n'est pas simple...
samedi 31 octobre 2009
jeudi 29 octobre 2009
Le ridicule et le sublime
Dernièrement, le père Di Falco, évêque de Gap, parlait sur RCF. Avec humour, il se demandait si on allait payer les enfants assidus à la catéchèse, tout comme les collégiens ne faisant plus l'école buissonnière. Et d'évoquer les enfants de Madagascar devant faire des kilomètres à pied chaque jour pour aller à l'école.
Cela me rappelle André, un petit gars de Tchakidjébé (Cameroun), handicapé des deux jambes. Chaque jour il devait faire plus d'un kilomètre, sur les fesses, pour rejoindre l'école. Et cela jusqu'au jour où nous lui avons trouvé un fauteuil roulant, déniché tout cassé à la sous-préfecture, et réparé tant bien que mal. La joie dans les yeux du garçon ce jour-là, je ne vous dis pas!
Et la nuit de son baptême à Douvangar, quand il était en troisième! André se présente devant la piscine baptismale avec les autres. Je lui propose d'aller simplement lui verser l'eau sur le front. Il fait non de la tête et plouf!.. se jette à l'eau, nage jusqu'à l'autre bord et me regarde ensuite, un immense sourire aux lèvres. J'en ai eu la gorge serrée.
D'un côté, un garçon de fer, de l'autre, des jeunes que l'on mue en dévots de l'argent. Où est l'avenir?
Au fait, dans bien des langues africaines, aimer et vouloir, c'est le même mot...
mardi 13 octobre 2009
Depuis longtemps, les communautés chrétiennes du diocèse de Maroua (Cameroun-Nord) publient une feuille mensuelle intitulée fièrement « En Avant ». C’est écrit en français fondamental, donc lisible par tous. Insérées au milieu du bulletin, quelques pages de technique agricole. Je vois sur le numéro de septembre : »La vaccination des poules avec le Multivax. »
En Avant ne mâche pas ses mots quand il s’agit de dénoncer l’injustice. Et l’on soumet aux lecteurs – en majorité des jeunes – de véritables faits de société qui font réfléchir. Témoin cet article écrit par un étudiant en septembre dernier :
Avec les résultats du bac,
il y a eu beaucoup de pleurs et de rires.
Je fais partie des nouveaux bacheliers. C'est pour moi une étape, mais pas une fin Avec mon Bac qu'est-ce que je vais faire ?
La grande majorité des jeunes disent :"je vais continuer à l'Université".
C'est bien, mais à l'Université pour faire quoi ? Quel métier je voudrais avoir...
Quelles sont les études qui peuvent m'y préparer
Pour moi, je veux aussi aller à l'Université pour apprendre la gestion.
Quand je regarde le travail autour de moi,
Je vois qu'il manque beaucoup de bons gestionnaires. Je vois aussi que je me débrouille pas mal en math. J'espère donc pouvoir réussir dans mon projet.
Si je disais je veux l'Université,
je ne vois pas quel serait mon projet.
Il me semble que cela serait de continuer les études mais sans autre but que d'être étudiant.
Je sais bien que l'on ne peut pas toujours choisir sa branche dans l'université
Pour moi, j'ai fait tout ce que je pouvais
pour préparer les concours d'entrée
et réussir ma vie.
Emmanuel Zra
De tels articles sont-ils des coups d’épée dans l’eau ? Possible ; n’empêche que l’on retrouve En Avant sur le bureau du Gouverneur et autres grands fonctionnaires. Quand on voit les jeunes s’y exprimer sur ce qui fait leur vie, on constate qu’un tel bulletin joue bien son rôle de « Conscience des jeunes ». C’est très encourageant.
En Avant ne mâche pas ses mots quand il s’agit de dénoncer l’injustice. Et l’on soumet aux lecteurs – en majorité des jeunes – de véritables faits de société qui font réfléchir. Témoin cet article écrit par un étudiant en septembre dernier :
Avec les résultats du bac,

il y a eu beaucoup de pleurs et de rires.
Je fais partie des nouveaux bacheliers. C'est pour moi une étape, mais pas une fin Avec mon Bac qu'est-ce que je vais faire ?
La grande majorité des jeunes disent :"je vais continuer à l'Université".
C'est bien, mais à l'Université pour faire quoi ? Quel métier je voudrais avoir...
Quelles sont les études qui peuvent m'y préparer
Pour moi, je veux aussi aller à l'Université pour apprendre la gestion.
Quand je regarde le travail autour de moi,
Je vois qu'il manque beaucoup de bons gestionnaires. Je vois aussi que je me débrouille pas mal en math. J'espère donc pouvoir réussir dans mon projet.
Si je disais je veux l'Université,
je ne vois pas quel serait mon projet.
Il me semble que cela serait de continuer les études mais sans autre but que d'être étudiant.
Je sais bien que l'on ne peut pas toujours choisir sa branche dans l'université
Pour moi, j'ai fait tout ce que je pouvais
pour préparer les concours d'entrée
et réussir ma vie.
Emmanuel Zra
De tels articles sont-ils des coups d’épée dans l’eau ? Possible ; n’empêche que l’on retrouve En Avant sur le bureau du Gouverneur et autres grands fonctionnaires. Quand on voit les jeunes s’y exprimer sur ce qui fait leur vie, on constate qu’un tel bulletin joue bien son rôle de « Conscience des jeunes ». C’est très encourageant.
samedi 19 septembre 2009
Les mots-épouvantails
"Communiste!", ai-je entendu il y a peu. C'est l'épithète que, sûrs de leur effet, des citoyens américains jetaient à la tête de Mr Obama. Ils étaient furieusement opposés à la réforme du système de santé. Dont acte.
Mais j'ai aussi entendu sur France Inter le rédacteur en chef de l'Humanité, lors de la fête du même nom. Il disait - je ne me souviens plus des termes exacts :"Nous communistes, avons voulu faire le bonheur des gens malgré eux. Or il n'y a de bonheur qu'à travers la liberté de chaque personne." Ai-je bien entendu? Si oui, alors j'en suis!
Il faut se méfier des mots-épouvantails... Si une telle déclaration venait d'un père dominicain, on trouverait cela très bien. Mais d'un communiste!... A moins de convenir qu'au delà des étiquettes, des appartenances, des idéologies, les hommes puissent changer. Après tout, nous aussi avons changé: qui, parmi les chrétiens du 21ème siècle, est encore à l'aise avec les guerres de religion ou avec le Syllabus? Et si le monde, instruit par la terrible expérience du 20ème siècle, s'orientait vers la reconnaissance concrète, effective, vraie du côté sacré de la personne? Et si chacun, communistes compris, essayait de lutter contre tout ce qui aliène l'homme? Si même les communiustes parlent de personne humaine et de liberté, peut-on espérer que cela ira au-delà du bonheur matériel?
Déjà un courant se fait jour de plus en plus actuellement: l'éloge de la gratuité. Une utopie comme antidote à la pure économie libérale, mais une utopie qui fait vivre!
Foin des mots-épouvantails. Les quelques américains qui croient faire injure à Mr Obama, devraient revoir leur copie.
Mais j'ai aussi entendu sur France Inter le rédacteur en chef de l'Humanité, lors de la fête du même nom. Il disait - je ne me souviens plus des termes exacts :"Nous communistes, avons voulu faire le bonheur des gens malgré eux. Or il n'y a de bonheur qu'à travers la liberté de chaque personne." Ai-je bien entendu? Si oui, alors j'en suis!
Il faut se méfier des mots-épouvantails... Si une telle déclaration venait d'un père dominicain, on trouverait cela très bien. Mais d'un communiste!... A moins de convenir qu'au delà des étiquettes, des appartenances, des idéologies, les hommes puissent changer. Après tout, nous aussi avons changé: qui, parmi les chrétiens du 21ème siècle, est encore à l'aise avec les guerres de religion ou avec le Syllabus? Et si le monde, instruit par la terrible expérience du 20ème siècle, s'orientait vers la reconnaissance concrète, effective, vraie du côté sacré de la personne? Et si chacun, communistes compris, essayait de lutter contre tout ce qui aliène l'homme? Si même les communiustes parlent de personne humaine et de liberté, peut-on espérer que cela ira au-delà du bonheur matériel?
Déjà un courant se fait jour de plus en plus actuellement: l'éloge de la gratuité. Une utopie comme antidote à la pure économie libérale, mais une utopie qui fait vivre!
Foin des mots-épouvantails. Les quelques américains qui croient faire injure à Mr Obama, devraient revoir leur copie.
samedi 29 août 2009
Homélies

Communiquer! Ca y est, le mot est lâché! Il faut com-mu-ni-quer! C'est important, surtout quand on a une Bonne Nouvelle à dire. Les Evangéliques, paraît-il, sont passés maîtres es-communication. Et nous cathos?
Parfois, à entendre certaines homélies, j'ai des doutes. Des tirades théologiquement correctes certes, mais qui manifestement "ne passent pas". Parfois hélas, le prédicateur se mue en simple lecteur. On cherche ses yeux, on ne voit que son auguste crâne penché sur son papier. Souvent aussi, trois fois hélas, aucun fait, aucun exemple tiré de l'histoire ou de l'actualité, ne vient pimenter la lecture. C'est plat comme une plaine russe; et - comme dans les restaurants vietnamiens - on en ressort aussi léger que lorsqu'on y est entré.
Au Cameroun, nous nous disions sous forme de dicton :"Pour une bonne homélie, il faut deux exemples et une idée. Et s'il faut supprimer quelque chose, mieux vaut supprimer l'idée." Cela a l'air d'une boutade, mais ce n'en est pas une! Car les exemples parlent d'eux-mêmes, la vie parle d'elle-même; et si l'Esprit agit dans le monde, c'est bien par la vie, par les événements, par les hommes, non?
Est-ce que les jeunes oblats, pères et frères, apprennent à communiquer la Bonne Nouvelle? Parler en public est un art. Les "Amen amen je vous dis" de l'Evangile, c'est de l'art oratoire.... Il faut quelque apprentissage technique certes, mais l'on attend surtout de celui qui parle, la conviction profonde, solide, joyeuse d'une Présence dans la vie des gens, Présence qu'il s'agit de révéler.
Nous n'avons ni une morale à assener, ni une doctrine à proclamer, mais des témoins de l'Evangile à présenter. Ce que cherchent les gens d'aujourd'hui, ce n'est pas une théorie, ce sont des vivants. La mystique heureuse d'une Etty Hillesum dans le train vers Auschwitz, la miséricorde inventive d'une Marguerite Barankitsé au Rwanda, voilà ce qui pourrait, ce qui devrait peupler nos homélies.
ndlr. Prudemment, j'ajoute que ce que je dis là, je me le dis à moi-même au premier chef!
mardi 4 août 2009
erreur
dans le message ci-dessous, il faut corriger la 16ème ligne. Au lieu " de Gagnera-t-elle au Mali", il faut lire "Gagnera-t-elle au Niger?".
C'est malin!
Me voilà pris au mot! Dans le message précédant celui-ci, je vantais les mérites de l'écoute. Et voilà qu'un ennui aux cordes vocales m'empêche de parler. C'est malin... Maintenant, me voilà obligé d'écouter les autres. Un comble...
Bon, mais cela ne changera rien à l'Histoire. Par contre, je pense à ceux et celles qui ne peuvent pas parler parce qu'on les empêche de parler. Tout le monde connaît la figure belle et emblématique de Mme Aung Sun Suu Kyi. Emblématique de ceux à qui l'on dénie le droit à la parole, depuis les opposants iraniens jusqu'aux journalistes assassinées en Russie.
Oui mais, prenons un temps de recul. Depuis la chute du Mur de Berlin, un phénomène étrange se produit: ici et là, la rue gagne! Elle a gagné en Ukraine, elle ne se tait pas en Iran, gagnera-t-elle au Mali? Il y a là un phénomène très profond: une société civile qui s'éveille, c'est un pays qui va dans le sens de l'Histoire; il fait venir la démocratie. Sur fond de morts et de gourdins hélas, mais orchestrée désormais par la grosse voix de la communauté internationale, dont nous sommes.
D'où cela vient-il? Difficle d'analyser cela ici. Mais je pense au travail obstiné, courageux, lucide de ceux et celles qui forment les autres à l'esprit d'analyse, au courage de la parole, à l'apprentissage de la liberté. Ce qu'en Afrique et ailleurs on appelle "conscientisation". La petite dame birmane sait bien ce dont je parle, elle que de gros généraux n'arrivent pas à faire taire.
Vous avez dit "mission"? Mais voilà un terrain - la conscientisation - où le chrétien ne peut pas être absent. Il y a là un travail d'Evangile urgent, indispensable. Plus difficile certes - et plus dangereux - que d'animer une chorale; mais si l'Evangile est encore salé, c'est bien là que nous devons être.
Bon, mais cela ne changera rien à l'Histoire. Par contre, je pense à ceux et celles qui ne peuvent pas parler parce qu'on les empêche de parler. Tout le monde connaît la figure belle et emblématique de Mme Aung Sun Suu Kyi. Emblématique de ceux à qui l'on dénie le droit à la parole, depuis les opposants iraniens jusqu'aux journalistes assassinées en Russie.
Oui mais, prenons un temps de recul. Depuis la chute du Mur de Berlin, un phénomène étrange se produit: ici et là, la rue gagne! Elle a gagné en Ukraine, elle ne se tait pas en Iran, gagnera-t-elle au Mali? Il y a là un phénomène très profond: une société civile qui s'éveille, c'est un pays qui va dans le sens de l'Histoire; il fait venir la démocratie. Sur fond de morts et de gourdins hélas, mais orchestrée désormais par la grosse voix de la communauté internationale, dont nous sommes.
D'où cela vient-il? Difficle d'analyser cela ici. Mais je pense au travail obstiné, courageux, lucide de ceux et celles qui forment les autres à l'esprit d'analyse, au courage de la parole, à l'apprentissage de la liberté. Ce qu'en Afrique et ailleurs on appelle "conscientisation". La petite dame birmane sait bien ce dont je parle, elle que de gros généraux n'arrivent pas à faire taire.
Vous avez dit "mission"? Mais voilà un terrain - la conscientisation - où le chrétien ne peut pas être absent. Il y a là un travail d'Evangile urgent, indispensable. Plus difficile certes - et plus dangereux - que d'animer une chorale; mais si l'Evangile est encore salé, c'est bien là que nous devons être.
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