lundi 12 avril 2021

1. Famines


     Je continue mon exploration des "choses de la vie", car je suis persuadé que c'est là, et là seulement, que l'on trouve Dieu. Aujourd'hui, nous commençons une méditation sur "le repas".

                Un bon repas, c’est sympa ! Encore faut-il qu’il y ait quelque chose à manger ! Personnellement je n’ai pas fait l’expérience de la faim, même pendant la 2ème guerre mondiale, mais j’ai vu des gens avoir faim. Ils ne le disaient pas, bien sûr, ils avaient leur dignité, mais j’entendais des choses… Un homme venu la nuit supplier le forgeron de lui céder un peu de viande d’âne « pour ses enfants » disait-il. Il venait de nuit car les gens jamais, au grand jamais, ne mangeaient de viande d’âne, réservée aux forgerons. D’autres, en temps de famine, se contentaient du moût de bière de mil, d’une pauvre valeur nutritive, pour laisser la vraie boule de mil aux enfants. Excusez-moi, mais quand je vois certains gaspillages ici, ces souvenirs me montent à la tête !

            Alors ma foi, il m’est arrivé de fournir du mil à telle ou telle famille, toujours discrètement à cause de cette sacrée dignité. Mais j’avais le cœur serré de voir, dans  les champs, le mil nouveau sécher sur pieds, et les cadavres squelettiques des bœufs en bordure de route. Cela se passait dans les années 80, mais au 21ème siècle, est-ce tellement différent ? 

 
          
C’est encore pour lutter contre la famine que le diocèse de Maroua au Nord-Cameroun, avait lancé l’opération « greniers en commun ». Il s’agissait de lutter contre la spéculation : en période normale, les petits malins achetaient le mil à bas prix aux paysans, pour le revendre aux mêmes paysans bien cher en période de disette…. Alors les gens ont compris : ils se sont mis à construire des greniers communautaires où chacun  devait apporter 1, 2, 3 sacs au moment de la récolte. Et la communauté interdisait l’ouverture du grenier avant la période de « soudure », ce temps crucial qui précède la récolte suivante alors que les greniers sont presque vides... Ces greniers en commun furent  une belle initiative.

            Initiative terriblement contrecarrée par le fléau actuel de Boko Haram. Quand ces bandits attaquent un  village, la première chose qu’ils incendient après l’école, ce sont les greniers. Pour le moment, le pays se révèle impuissant à lutter contre cette horreur, laissant les gens dépendants de l’aide internationale, perdant ainsi leur dignité, et devenant des clochards perpétuels.

           Et que dire, ici même dans les cités de Marseille, devant la véritable angoisse qui saisit les ménages en ce temps de pandémie, devant le frigo vide ? Que dire à celles qui, toujours discrètement, fréquentent les associations qui distribuent de la nourriture ?

            Nous ne disons pas cela pour susciter une compassion facile, mais pour souligner combien avoir faim est in-humain, non humain, et combien le repas est au centre de toute vie en société. Nous français, nous savons cela dès le sein de notre mère ; c’est tellement évident que nous n’y faisons plus attention.

            Le repas  est aussi au centre de notre vie chrétienne, entre autres dans l’Eucharistie, si nous croyons que l’Eucharistie est d’abord un repas. Nous verrons cela.

 

lundi 22 mars 2021

7. La prière dans l'Eglise.

 

 

            Dans l’Eglise tout, absolument tout, part de Dieu et de sa grâce. Si l’Eglise vit depuis plus de 20 siècles, il n’y a pas de mystère, c’est que Dieu y est pour quelque chose !… Je parle pour les croyants bien sûr… Pour moi, j’ai souvent en tête le cri brûlant du Christ : « Père, je te rends grâce : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » (Mt 11/25)

            Et dans l’Eglise tout, absolument tout, part du cœur de l’homme. Sans le cœur de l’homme, l’Eglise n’est qu’un tambour vide comme dit St Paul…. Ainsi, c’est aussi la vie intérieure de l’homme qui construit l’Eglise. Elle rencontre la grâce. D’où l’importance de la prière.  

            Il y a des milliers d’églises, de temples, de pagodes dans le monde… Pour ce qui est des églises, on peut les classer en trois catégories. La première, c’est l’église romane. L’église romane attire la prière personnelle. Si tu entres à St Victor de Marseille, tu es saisi par le clair-obscur, par le mystère de ces pierres blondes, blocs énormes, par le silence. Il y a un je-ne-sais-quoi qui t’entraîne à regarder Dieu en toi-même.

            Un autre type d’église, c’est la cathédrale… La cathédrale est faite pour un peuple. Au Moyen-âge, la cathédrale était le cœur de la ville. Et, à voir l’émotion lors du dernier incendie, Notre-Dame de Paris est encore dans le cœur des parisiens ! Un peuple chante, prie, célèbre son Dieu. En maints endroits, le peuple danse !

            Et le troisième type, c’est la chapelle dite « de brousse ». Ses murs en pisé, des tôles qui ne demandent qu’à s’envoler au gré des tornades de début des pluies. Autrement dit, une églisette qui ne paie pas de mine ! Et pourtant c’est là que vit la CEV, c’est là que  se trouve l’essentiel de la petite communauté chrétienne. On y prie bien sûr, mais aussi on y palabre, on y fait la fête, c’est vivant ! C’est une communauté à taille humaine, où l’amour fraternel se vit d’une façon tout à fait concrète…. Bien sûr, en France les églises sont souvent comme des chemises trop larges. Peut-être est-ce une bonne occasion pour elles de retrouver une taille plus humaine afin de  redevenir un lieu de vie comme les « chapelles de brousse » ???

            Et au milieu, il y a l’Eucharistie. Mais comme un sommet, un aboutissement. L’Eucharistie, c’est comme un diamant au soleil, bien taillé et riche de toutes ses facettes. C’est là que la prière de chacun rencontre la prière des autres.

            Evidemment,  si tu n’as aucune envie de Dieu, je comprends que tu préfères aller faire une pétanque… Et si tu te contentes d’aller à la messe par devoir ?  C’est déjà pas mal, mais ce n’est pas solide ! Dès que ton voisin ou ton cousin  n’y va plus, toi aussi tu cales et tu rejoins la pétanque… C’est ce que j’appelle une foi molle,  comme le sable humide en bord de mer.

            Pour que ta prière en Eglise soit vraie, souviens-toi de ce que disait Christian Salenson en parlant du Christ dans l’Église : « Le Berger invisible [des chrétiens] est cet Autre  insaisissable qui parle au cœur de chacun. »

 

 


jeudi 4 mars 2021

6. Vous avez dit catholique?

          Le temps use les mots. Catholique est un mot usé. Pour nos contemporains, le catholicisme est une branche des chrétiens, comme il y a des sunnites et des chiites en Islam.

            
Alors, il nous faut retrouver la fraîcheur et la vérité du mot ; pour cela, revenons au 2
ème siècle de notre ère avec Ignace d’Antioche. Ce grand évêque, mort martyr, est le premier à avoir parlé de « l’Eglise catholique répandue dans le monde entier ». Au 2ème siècle ! Pour Ignace, catholique voulait dire universel. Il savait que l’Evangile est une parole de vie pour tous les hommes de bonne volonté. En clair, Dieu peut parler au cœur de tous !

            Donc, l’Evangile est pour tous. Mais être catholique, c’est aussi croire que la Parole de Dieu peut nous venir par tout homme de bonne volonté… J’ai trouvé l’Evangile (pas le livre, la vie !) chez ce monsieur polygame dont le grand souci était de créer la joie et la paix dans son saré. Il n’admettait pas la jalousie, qui est souvent la norme dans ce milieu…J’ai aussi admiré le livre de Yann Arthus-Bertrand « Six milliards d’autres », où l’auteur interroge le birman, le burundais, le suédois sur l’amour, la peur, la mort etc.… J’applaudis à deux mains ! Car comme catholiques, nous sommes des chercheurs de trésor, le trésor de Dieu parlant au cœur des gens. Tu le trouves, ce trésor, aussi bien chez le pape François que  chez Jean Valjean le bagnard au grand cœur, aussi bien chez la petite Bernadette de Lourdes que chez ta voisine lumière de sa maison.

            Donc, dans catholique, j’entends à la fois unité et diversité. Unité car tous sont aimés de Dieu, diversité dans la manière de rencontrer Dieu. C’est à l’image de la gare de Canton, où tu trouves des Tibétains, des Hans, des Ouïgours, des Mandchous,  chacun en costume de sa région, mais tous chinois (de gré ou de force !).

            Alors on peut se demander qui est catholique et qui ne l’est pas ? Là, je refuse absolument de trancher !  C’est comme si vous me demandiez qui ira au ciel, qui ira en enfer ? C’est l’affaire de Dieu, avec ses grands bras. Arrêtons de coller des étiquettes en fonction de la religion, ou de la non-religion des gens. Pour moi, être catholique c’est sortir de la religion, de ses ors, de ses rites, pour retrouver tous les croyants dans le cœur de Dieu. A Taizé comme dans les cités de Marseille, je me sens pleinement catholique. C’est dans ce sens que Mgr Aveline, archevêque de Marseille, écrit : «  Il faut encourager les catholiques à se convertir à la catholicité de l’Eglise. »

            Une dernière image. Je connais un évêque en Afrique, qui a son bureau de plain-pied avec la rue. Il suffit de trois marches pour y être ! Cet évêque est là pour tout le monde ! Comme disait Mgr de Mazenod, fondateur des Oblats, il s’agit d’avoir « un cœur grand comme le monde. »

            A l’heure de la mondialisation, de l’Europe, de l’ONU, de l’ASEAN,  il est temps pour les croyants de jeter leurs œillères, de se libérer de leurs complexes, pour partager le même rêve de paix avec tous les hommes de bonne volonté.

 


vendredi 19 février 2021

Communautés 2

 

         Quand, dans les Actes des Apôtres, on lit une description des premières communautés chrétiennes, on comprend comment l’Eucharistie, rappel de la présence du Seigneur, a réuni les chrétiens dès le début de l’Eglise. Je n’invente rien ! Tenez, lisez : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, à la fraction du pain. » Et St Paul en 1 Cor 10/17 : « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous mangeons tous le même pain. »… La colonne vertébrale des premières communautés, c’est Jésus présent dans l’Eucharistie… Et, recevant le sacrement, les gens savaient qu’ils devenaient eux-mêmes sacrement (signes) du Christ.  Dans leur joie, ils le criaient sur les toits !...

            Voilà,   aujourd’hui encore, la marque de toute communauté chrétienne : chrétiens et catéchumènes se rassemblent autour de la Parole de l’Evangile, et – si possible – autour du Corps du Christ. Au Nord-Cameroun, quand une communauté voit le jour, elle construit d’abord une chapelle, si pauvre soit-elle, avant de penser école ou dispensaire. Le centre, l’âme, la joie de la communauté, c’est le Seigneur.

            Mais il y a d’autres traits qui constituent le pedigree de toute communauté chrétienne. D’abord, c’est un groupe qui pratique le pardon. Benoît 16 parlait de « communautés de miséricorde ». Parce qu’il faut bien voir : la communauté chrétienne n’est pas une bande de bons copains ; on ne se choisit pas ! Yvon Filippini va jusqu’à dire qu’il peut s’y trouver des « ennemis », des gens qui ne se comprennent pas, qui se font souffrir. Alors vous comprenez, s’il n’y a pas de pardon, la communauté devient un petit enfer. Ce ne sont pas nos états d’âme qui nous réunissent, mais le Seigneur « qui fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants ». Rappelons aussi que pardonner n’est pas seulement passer l’éponge ;  il s’agit aussi de positiver sur les autres.

                Un autre trait de la communauté chrétienne: dans la communauté
, on accepte la contestation, on ne se débine pas à la moindre contradiction. Nous ne sommes pas des oursins, mais des gens qui ne détiennent pas la vérité tout seuls !

            La communauté est ouverte. Renan disait que l’Eglise « est une secte qui a réussi ». Ouais !!! Si l’Eglise a réussi, c’est justement parce qu’elle est ouverte à tous, le contraire d’une secte…. Dans l’Eglise, nous sommes en pleine mondialisation  avant la lettre !   Depuis longtemps l’Eglise essaie de pratiquer cette mondialisation, mais c’est celle du cœur.

            Il y a bien d’autres traits de la communauté chrétienne. Par exemple : dans la communauté, l’air est léger, l’humour et le rire ne sont jamais loin. C’est très important le rire, voire la fantaisie. Quand on participe à une réunion de communauté, d’entrée de jeu on sent cette ambiance légère.

            Et puis, à mesure qu’elle grandit, la communauté invente son art de vivre propre, original. Deux exemples : dans un village, les femmes chrétiennes s’étaient constituées en « brigade», dont le rôle consistait à partir ensemble, bille en tête, pour ramener les femmes ayant déserté leur foyer. Deuxième exemple : des jeunes avaient fondé les JCC (Jeunes Chrétiens Créatifs). Leur rôle : par l’amitié et la vie ensemble, ramener les autres jeunes tentés par les sectes.  Je les appelais les « insecticides ».

            Pour finir, rappelons encore Benoit 16 : « Pour vivre en chrétien, il faut faire l’expérience de la communauté »

            C’est ça d’abord l’Eglise !

 


lundi 1 février 2021

Aigles

 

            Il y a plein de rapaces en Camargue. Preuve qu’il y a beaucoup de proies ! C’est un signe de santé. On en trouve partout, perchés à la fine pointe d’un poteau, ou planant très haut en orbes calmes, profitant des mouvements de l’air, sans un battement d’ailes, 
la queue servant de stabilisateur ; ils se jouent du soleil et des nuages.

              Les plus beaux ce sont les aigles. L’aigle  royal reste confiné aux Alpes ; mais en Camargue, on rencontre l’aigle de Bonelli nichant dans le Luberon ou les Alpilles, ou le circaète, le premier plus timide que le second. On les reconnait de loin à leurs cris aigres, surtout aux plumes terminales des ailes en éventail…

            Il ne faut pas perdre de vue le circaète, car souvent il suffit d’une seconde d’inattention pour manquer ses plongeons fulgurants sur une couleuvre repérée de très haut. C’est toujours émouvant de suivre son vol tournant, vol majestueux comme s’il s’estimait plus haut que les rampants sans ailes ! Au vrai, il est supérieur quand, piqué au fin haut de son poteau à haute tension, il fixe des yeux le surmulot, là tout en bas, avant de fondre droit dessus.

            Il y aussi le balbuzard pêcheur, aperçu en septembre. Si ce n’était sa taille, on le prendrait pour un aigle ! Là encore, le spectacle est rare de le voir plonger de très haut, serres en avant, droit dans l’étang du Vaccarès, avant de ressortir de l’eau avec un gros poisson. A moins qu’il ne surprenne ses proies en rase-motte…  Le métier de balbuzard est dur, car il rate sa proie plus souvent qu’il ne l’attrape ! Mais le spectacle est toujours saisissant.

            Il n’est pas étonnant que la charge symbolique de l’aigle soit forte, tant sa prestance, sa force, sa vue  le font voisiner avec les oiseaux mythiques comme le phénix ; depuis les indiens jusqu’aux empereurs, l’aigle est emblème de puissance. Autrichien et russes en rajoutaient même en lui faisant deux têtes !

            Dans la Bible, le symbole varie : l’aigle a une vue perçante et, dit-on, il est capable de regarder le soleil en face, à l’instar du Christ de St Jean l’évangéliste qui scrute le fond des cœurs et voit le Père. Déjà, comme l’aigle, le Dieu de l’Ancien Testament fondait sur sa proie en lançant des ennemis contre son Peuple rebelle (Deutéronome 28/49). Il lâchait le roi de Babylone et  Pharaon, ces « grands aigles » qui en feraient voir à Israël (Isaïe 17/3-7).

            Mais aussi, l’aigle biblique peut être symbole de tendresse :

« Tel un aigle qui éveille sa nichée et plane au-dessus de ses petits, il déploie son envergure, il le prend, il le porte sur ses ailes. » Deutéronome 32/11

            Et aux Hébreux après leur libération d’Egypte : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Egypte, et comment je vous ai portés sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. » Exode 19/4

            Décidément,  même en Camargue, on voit de très belles choses qui vous aident à entrer dans la contemplation de Dieu !

 

samedi 23 janvier 2021

4. communautés 1


 

 

         Si tu dis : « Là, où il y a un prêtre, il y a l’Eglise », c’est embêtant, et c’est inexact. C’est embêtant car vu le nombre de prêtres qui diminue, l’Eglise ressemblera bientôt à un mouchoir en dentelle de Valenciennes !  Et c’est inexact, car l’Eglise Peuple de Dieu ne se réduit pas à ses clercs !...  Mais si tu dis : « Là où il y a une communauté chrétienne, il y a l’Eglise », là j’applaudis car tu auras compris que l’Eglise, c’est d’abord un peuple. 

            Un souvenir : dans le diocèse de Maroua au Nord-Cameroun, nous voulions faire un Directoire, sorte de mode d’emploi du diocèse. Une première ébauche réservait les 2/3 de l’ouvrage à l’évêque et aux prêtres, et le reste à la communauté chrétienne. Refusé ! Alors nous avons promptement inversé : 44 pages pour la communauté chrétienne, et 15   pour les structures diocésaines. Le Concile trouvait là une application pratique !

            Une communauté ? Les communautés sont légion. Qu’il soit familial, politique, urbain ou rural, tout groupe qui se rassemble pour un projet commun, forme une communauté ;  et j’ose dire que  ce groupe participe à sa façon à la construction du Royaume de Dieu. Un maire qui sait rassembler ses administrés dans un même projet communal,  mérite notre admiration ; comme dit Jésus : « [Il] n’est pas loin du Royaume de Dieu. »    

            Il y a cependant des communautés-type qui se veulent porteuses ouvertement de l’Evangile. Elles sont diverses, CVX, charismatiques, religieuses ; mais  surtout il y a ce qu’on a appelé les « communautés de base », à l’échelle d’un quartier, tout en restant dans le cadre paroissial. Elles sont toutes là, ces communautés, pour aider les chrétiens à vivre leur foi en rencontrant Dieu personnellement et ensemble.

            De ce foisonnement (car elles sont beaucoup et partout)), peut sortir un franc-parler, une pratique chrétienne originale, voire des contestations. Ensemble, ces communautés constituent une « opinion publique chrétienne », sensibles en France à travers, entre autres, les synodes diocésains. Parfois ça donne des boutons aux responsables ! Mais si le Concile a loué le « sens de la foi » des laïcs, ce n’est pas pour donner un coup d’encensoir platonique. Il faut que ce sens de la foi soit actif, et écouté. Car, comme dit le Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien (Pierre-Louis Choquet 2017), « les laïcs ont l’expérience du monde. »

            Dieu merci, la parole des chrétiens circule dans l’Eglise, de lka simple chorale  aux Comités pastoraux.  Malgré tout, le cléricalisme n’est pas mort, loin s’en faut ! Peut-être, peut-être, si davantage de chrétiens pouvaient être entendus de leur curé, en disant « Là d’accord, là pas d’accord », moins de gens quitteraient leur paroisse sur la pointe des pieds. Enzo Bianchi disait : «  Il faut récupérer la franchise et la liberté qui font partie du christianisme ».

            C’est bien de le dire, mais en fait, fais-tu partie d’une communauté chrétienne, formant avec les autres une mini-église vivante, partageant les joies et les peines du monde ?  Es-tu sur le terrain ou dans les gradins ? Car, comme dit Sylvie Robert : « Dans l’Eglise on est actifs, on retrousse les manches, car l’Eglise est à faire. »… Oui, depuis les apôtres et d’après une pratique multiséculaire, l’Evangile avance à la fois quand il devient intérieur à chacun, et quand il est partagé dans une communauté.

 


jeudi 17 décembre 2020

dommage!

 

             Duncan et Frances sont repartis pour l'Angleterre. Dommage ! Encore des victimes collatérales du Brexit.

                Oui c’est dommage. Un peu comme serait le départ de très bons amis vers l’Australie. Ca laisse un vide. On se régalait de leur humour so british ; ils riaient rarement aux éclats, juste des  sourires entendus, mais qui éclairaient tout le monde. Je me souviens de Frances et Duncan nous chantant « La vie en rose » avec l’accent de Louis Armstrong, lors des repas champêtres du 15 août à Lumière. De très belles voix, caressantes, un peu langoureuses, fort romantiques.  .

            Qu’est-ce qui fait le charme anglais ? Ce sont des gens parfois insupportables pour nous français, parce qu’ils nous ont battus trop souvent, et qu’ils sont nos proches voisins. Mais des gens agréables à vivre car ils ne se prennent pas au sérieux…. J’ai vécu avec des gens sérieux, très sérieux, instruits, sentencieux, pontifiants. Mais le pire: ils se prenaient au sérieux, prêts à se gausser des autres mais jamais d’eux-mêmes. Cela rendait l’ambiance un peu lourde. On avait peur de faire des gaffes ; un écart de langage vous attirait des regards navrés. Alors on faisait attention, comme dans les rues de Marseille quand on slalome pour éviter les saletés de chiens.
            

                La légèreté de la vie, c’est important, la fantaisie c’est important. Cela permet de remettre les choses et le monde à leur place, une place inattendue certes, mais qui nous rappelle que nous ne sommes pas le nombril du monde. J’aime l’humour du très sérieux livre de l’Ecclésiaste, dans la Bible. Vous savez : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » Au vrai, je crois que c’est un anglais qui a écrit ça. Du moins il aurait pu.

                Frances et Duncan sont repartis. Dommage ! Le Brexit arrive. Dommage !